Level Up

25 03 2014

Aaaah, la lune, si proche et pourtant si lointaine… Tour à tour point de repère rassurant, symbole d’une divinité oubliée, complice d’une nuit romantique ou d’un culte satanique… Ne vous arrive-t-il pas, parfois, de rêver à une épopée spatiale qui vous emmènerait fouler du pied la poussière grise de notre cher satellite? … Moi non plus. C’est pourtant votre objectif dans Level Up.

Level UpLevel Up, c’est avant tout un hommage au début du XIXème siècle, et ça se voit dès l’illustration de la boîte. Bon, manque de bol pour moi, j’ai en quelque sorte « appris » à ne pas aimer cette période. On m’a bien enseigné au lycée à quel point je devais détester Zola de toute mon âme, et toutes les illustrations inspirées de cette période que j’ai eu sous les yeux étaient d’un terne caricatural, comme si la Révolution industrielle de cette époque avait avalé toutes les couleurs du monde. Franchement, je ne vois pas de quoi s’ébaubir sur ces années…

Aller plus haut…

Et donc ô surprise, Level Up est terne. Des teintes toujours affadies composent une triste palette dominée par le jaunâtre des vieux papiers servant à dessiner les plans. Toutefois, ce n’est pas absolument moche. Déjà parce que le dénommé Franck Dion, chargé des illustrations, connaît son boulot et (si on oublie la gestion de la joie de vivre) qu’il a sorti des dessins agréables à observer.

Ensuite parce que… ben, c’est un jeu Asmodée. Vous allez peut-être commencer à en avoir marre que je leur tresse des lauriers à la moindre occasion, mais cette boîte ne m’a que rarement déçu pour ce qui est de la finition d’un jeu et du maintien de sa cohérence format-illustrations tout au long de l’expérience. Bon, par contre, la cohérence illustrations-système, c’est parfois défaillant…

Tomber si bas…

Par exemple, je sais pas… Tiens, prenez un jeu dont le pitch met les joueurs dans la peau d’inventeurs qui vont devoir rivaliser d’ingéniosité pour être le premier à atteindre la lune. Est-ce que ça vous semble immédiatement fusionnel avec un principe de pioche de cartes et de constitution de mains de poker? Non, hein? Et pourtant, c’est bien le concept de ce Level Up. Et c’est chiant comme un festival de danse folklorique.

Parce que ben, tant que la combinaison que vous recherchez n’aura pas été assemblée dans votre main puis posée, ben… vous allez piocher une carte, en défausser une, et passer. Oh, il y a bien une subtilité: vous pouvez piocher dans les défausses, et donc il faut faire attention à ne pas donner les cartes dont ils ont besoin à vos adversaires (ceux dont vous ne voyez pas le jeu, vous savez)…

Ce jeu est une vraie purge, un titre où le « pioche-passe » n’est pas un accident lié à un problème tactique mais bien la composante majeure du gameplay. Une sorte de Camelot, en tout de même plus beau, mais certainement pas en plus intéressant.

LEVEL UP

Apparence: 14/20
Y’a eu des efforts de faits, surtout niveau illustrations… Mais il y a quand même beaucoup de cartes identiques et une ambiance « ancienne » surtout synonyme de couleurs très fades.

Simplicité: 14/20
Je l’ai déjà dit auparavant, je considère habituellement un système simple comme une qualité, à condition qu’il serve une expérience de jeu intéressante. Ici, 50% du contrat est rempli: c’est simple. Pioche, passe.

Fluidité: 13/20
Pioche, passe. Avec un tel système, le moindre instant de réflexion semble de trop. Et comme il y a parfois des instants de réflexion…

Immersion: 4/20
En physique, le vide a tendance à vous aspirer. Les concepteurs de jeux seraient bien gentils de comprendre que les lois de la physique ne s’appliquent pas aux règles de jeux, et que dans ce domaine, le vide repousse.

Fun: 6/20
L’inspecteur Derrick m’a beaucoup manqué. J’en étais à ce point-là.

Clarté des règles: 15/20
Pas beaucoup de retours aux règles en cours de partie, et les quelques-uns ont eu une réponse rapide… Rien à reprocher sur ce point.

Accomplissement personnel: 8/20
Oui, il y a ici où là 2-3 moyens de manipuler les autres et de les bloquer pour atteindre la victoire, mais c’est tellement hasardeux…

NOTE FINALE: 10/20
J’ai eu Camelot en tête durant toute la partie. Level Up n’est qu’un grand jeu de Pioche-Passe terne et dépourvu d’intérêt. Ce qui le place quelques points au-dessus de Camelot est sa finition mieux maîtrisée, tant au niveau des règles que des illustrations. Alors regardez la boîte pour profiter des dessins si vous le souhaitez, et reposez-la en boutique.





Kill Bique

24 01 2012

Kill BiqueAvant même que je touche à ce jeu, il avait déjà une histoire pour nous… Bon, en fait j’ai pas envie de vous la raconter, mais je trouve que cette phrase constituait une accroche sympa. « Sympa », c’est justement le mot qui caractérise à mes yeux le visuel extérieur de ce Kill Bique. J’ai eu l’occasion d’en voir le contenu. Verdict.

Une aprèm’ de jeux chez un pote, une partie de Colons de Catane, un Rush ‘n Crush… Après 2 gros morceaux comme ça, un p’tit jeu, ça fait généralement du bien (la Salade de Cafards étant une exception). Donc, irruption sur table d’une boîte rouge sur laquelle nous découvrons une chèvre vêtue de jaune dans une posture d’art martial, plus une autre chèvre en robe de mariée en arrière-plan. Et pour ceux qui n’auraient toujours pas perçu la référence, un gros « KILL BIQUE » est également inscrit. (Si vous ne l’avez toujours pas, je ne peux plus rien pour vous, désolé.)

After chèvre.

(J’ai honte. Si si, vraiment.)

Le dessin est de qualité, et ceux de l’intérieur aussi. Bon, c’est le même illustrateur qui a tout fait, ce qui explique que tout ait l’air si similaire. Ajoutez à ça le fait que certaines cartes utilisent la même illustration, et un vague sentiment de monotonie vous envahira doucement. Dommage, car les dessins sont bien faits et chaque chèvre représentée fait référence à un film de façon plutôt bien sentie. Outre les 50 cartes de jeu, on a un plateau plein de chiffres, des plaques trapézoïdales (mot compte triple) avec des cœurs dessus, et des marqueurs colorés pour que chacun ait sa couleur affichée devant soi.

Kill Bique est un jeu de plis qui se démarque de la concurrence par son système de contrats, plus casual qu’à l’accoutumée. Et donc moins bien pensée du point de vue des puristes, point de vue que je ne partage pas. Chaque joueur doit, à tour de rôle et au début de chaque manche, disposer son trapèze sur un bord de la planche de marque. Ce trapèze indique l’intervalle de points dans lequel pense se trouver le joueur à la fin de la manche, ainsi que le nombre de points qu’il recevra s’il respecte son contrat. Plus vous choisirez une marge de sécurité élevée, moins vous marquerez de points en cas de réussite.

Rasoir.

La détermination du bon contrat demande pas mal de pratique, et si on s’approche à peu près de la vérité vers la fin de la première partie, il est difficile de marquer rapidement ses premiers points. La faute à une fourberie de grand maître située dans le comptage des points d’un pli: chaque pli rapporte autant de points que la plus petite carte du pli, plus le nombre de têtes de chèvres imprimées sur l’ensemble des cartes. Et croyez-moi, il faut vivre pas mal de plis pour parvenir à estimer la valeur moyenne d’un pli, sans parler d’anticiper sur les points probables que vous avez en main…

Dans la vaste catégorie des jeux de plis (et sachant que la Dame de Pique tiendra toujours une place à part dans mon cœur), Kill Bique tient plutôt le haut du panier. Mais n’espérez pas en profiter immédiatement: une longue et douloureuse phase d’apprentissage est requise pour affiner ses capacités à estimer le nombre de points probables que votre main de départ peut vous permettre de réaliser. C’est pourquoi une partie contre des personnes habituées au jeu pourrait légèrement vous frustrer, tant l’écart de points a tendance à se creuser rapidement…

KILL BIQUE

Apparence: 13/20

C’est plutôt mignon, avec des références marrantes à retrouver, et de bonne qualité. Beaucoup d’illustrations réutilisées, cependant, ça casse la féérie.

Simplicité: 12/20

Les tours de plis sont simples à mettre en œuvre. C’est entre les tours que ça se complique. Estimer le nombre et la valeur des plis à venir est assez dur quand on manque d’expérience.

Fluidité: 14/20

Pas exceptionnelle pour un jeu de plis. C’est rapide, mais la complexité du respect du contrat implique des pauses de réflexion de temps en temps, du moins quand on manque d’expérience.

Immersion: /20

Considération non pertinente pour ce type de jeu. Ça a beau être décoré avec des chèvres, c’est pas pour autant qu’on va s’y attacher.

Fun: 13/20

Dépend des autres joueurs, et de votre humeur générale (par exemple, moi, je partais avec un handicap, vous voyez?). Une note moyenne donc, car le jeu en lui-même ne fait pas de gros efforts pour rehausser l’ambiance.

Clarté des règles: 15/20

Simple à expliquer, à comprendre… rien à redire sur les règles.

Accomplissement personnel: 13/20

Comme tous jeux de plis, il y a quelque chose de gratifiant à remporter la partie (ou ne serait-ce qu’à marquer des points…), mais en gardant cette part d’incertitude qui interdit les grosses planifications et la fierté stratégique.

NOTE FINALE: 13,5/20

J’ai du mal à considérer le jeu de plis en soi comme une haute expérience de plaisir ludique. Pour autant, Kill Bique s’en sort honorablement dans ce domaine, en proposant un système de contrat et de comptage des points original qui rehausse l’intérêt du classique « c’est moi qui ai la plus grosse ». Mais comme tous les jeux de plis, il ne fait rien pour atténuer les différences de niveau entre les habitués et les novices, bien au contraire. A essayer pour voir, entre personnes de niveau équivalent si possible.