Monty Python Fluxx

13 03 2011

Monty Python Fluxx

(image: Dice Hate Me)

S’il y a une licence absolument casse-gueule à adapter en jeu, c’est bien les Monty Python. Un univers complètement barré, jouant avec l’absurde et l’incohérent, ne saurait se plier à quelque chose d’aussi carré et dirigiste qu’une règle de jeu sans y perdre son âme. L’idéal serait un jeu sans règles fixées, sans but clairement défini. Un jeu comme Fluxx, en fait.

Connaissez-vous LooneyLabs? Non? C’est une petite société de création de jeux, dont j’estime l’effectif à une famille de 3-4 geeks paumés au milieu des Etats-Unis. Ces gens ont des idées. Et parfois, ils ont même de bonnes idées. Ils en ont aussi des mauvaises, certes, mais Fluxx en est globalement une bonne.

Pourtant, le jeu ne paye pas de mine (comme les autres productions des mêmes auteurs): une petite boîte en carton contenant 2 piles de cartes, des illustrations de cartes franchement pas folichonnes (fond blanc, un côté coloré, un dessin -ou pas- et du texte), une règle du jeu, le tout en Shakespearien moderne. En même temps, ça suffit bien.

What is your quest?

La règle de Fluxx est on ne peut plus simple: piochez une carte, jouez une carte. C’est tout. Enfin, c’est tout, au début de la partie. De nombreuses cartes modifient les règles du jeu, font piocher plus (ou moins), jouer plus, voler des cartes, en perdre, etc. Pour connaître le but du jeu, c’est pareil: il change régulièrement en fonction des cartes jouées.

Outre ces cartes, vous avez aussi des « Keepers », cartes à poser devant vous et qui vous aident à atteindre les diverses conditions de victoire disponibles, ainsi que des « Creepers », cartes à bord noir qui vous empêchent de gagner, et enfin des cartes « Action » à usage unique. Voilà, je viens de vous refaire toutes les règles. Pas folichon? Mais largement suffisant.

Les règles changent en permanence, se complexifient ou se simplifient en fonction des lubies des joueurs, chacun change le but du jeu régulièrement en fonction de ses propres intérêts, et le jeu devient vite une recherche de la combo optimale, celle qui vous place en main le matériel pour gagner en 1 tour. Le tout avec des thèmes variés et délirants (vous avez Fluxx, Family Fluxx, stoned Fluxx(!), Zombie Fluxx…) et des illustrations certes pas jolies, mais claires et représentatives.

Always look on the bright side of life.

Donc, à la base, Fluxx est un jeu plutôt plaisant sous des atours rebutants, qui vous promet des parties variées et des rebondissements en pagaille. Ajoutons-y maintenant un thème connu, synonyme d’humour, d’absurdité et d’éléments (images ou répliques) cultes. Au hasard, les Monty Python (au hasard, hein).

Ben la symbiose est parfaite. Le jeu gagne une vraie identité avec l’utilisation de la licence, et les Monty Python n’auraient pu trouver un système de jeu plus proche de leur réputation que celui-ci, où chaque joueur fait évoluer selon sa fantaisie les fondements même du jeu. Plus, certaines cartes action ou règles comme seul un jeu Monty Python peut en accueillir, qui subliment encore un peu plus l’expérience déjantée de Fluxx (parler avec un faux accent, chanter, citer des dialogues, ou juste comprendre une carte!).

Bon, il est temps de poser une conclusion et un jugement d’ensemble. Inoubliable, Monty Python Fluxx? Définitivement non. Mais pas mauvais pour autant. Les fans des Monty Python trouveront un jeu parfaitement adapté à la folie des humoristes anglais, et des tonnes de références aux meilleurs sketchs de la bande. Les autres y verront un jeu honnête sans plus, qui souffre d’un visuel cheap, mais amusant à lancer entre 2 « vrais jeux ».

MONTY PYTHON FLUXX

Apparence: 5/20

J’ai beau chercher parmi tous les mots de vocabulaire que je connais, à part « moche », rien ne me semble plus adapté pour définir ce visuel. Un design qui renverra certains à leur jeunesse et d’autres à l’époque de leurs ancêtres, des dessins lisibles, ressemblants, mais pas franchement esthétiques… Monty Python Fluxx ne finira pas dans un musée.

Simplicité: 11/20

Difficile à noter. Le début est simple, Mais tout dépend ensuite du degré de folie des joueurs présents.

Fluidité: 14/20

On joue rarement plus de 3 ou 4 cartes dans le tour (sauf cas particuliers) et les actions possibles restent simples, ce qui facilite les prises de décisions. Prévoir tout de même un peu de réflexion pour les tours « critiques » (genre, le coup de la victoire).

Immersion: 2/20

Euh… On peut éviter d’en parler? Non? Bon… Prévoyez un certain détachement, voire un détachement certain, quand à l’action en cours. On s’amuse beaucoup, mais on n’incarne rien et on ne construit rien.

Fun: 15/20

Comme dit ci-dessus, on s’amuse. Et d’autant plus si on a la culture nécessaire pour reconnaître les diverses références placées dans les cartes (Know what I mean, know what I mean?). Dans le cas contraire, il y a toujours le système de règles pour empêcher les joueurs de tomber dans le sérieux.

Clarté des règles: 11/20

Il est aisé de comprendre le principe, moins de l’appliquer au départ. De plus des règles qui changent constamment ne sont par définition pas « claires ».

Accomplissement personnel: 0/20

Il arrive qu’on gagne sans rien avoir joué de spécial, juste parce qu’un autre joueur est contraint de jouer le bon but. D’où la note.

NOTE FINALE: 11,5/20

Pas inoubliable, mais intéressant à sortir à l’occasion, Monty Python Fluxx est toutefois à réserver aux vrais geeks ou aux fans des anglais : le jeu est visuellement peu attractif et demande un vrai effort pour s’y mettre si on n’est pas un acharné de base.

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