The Big Idea

4 09 2011

the-big-idea

Quand j’ai vu le devant de la boîte, je me suis dit « qu’est-ce que c’est que ce jeu moche? ». Quand j’ai retourné la boîte et découvert que des cartes du jeu permettaient d’écrire « poulet gonflable plaqué or », mon cerveau a déraillé et je me suis dit « il me faut ce truc ». Après test du jeu, je me permets de modifier un peu cette pensée: « il vous faut ce truc ».

The Big Idea est un pur « p’tit jeu ». On ne cherche pas à gagner, mais tout le déroulement rend l’expérience de jeu délirante, depuis les associations improbables jusqu’aux argumentations démentes. Mais commençons par le commencement: Dans The Big Idea, chaque joueur incarne à la fois un inventeur et un commercial. Son but sera de créer une « invention » (de préférence improbable) à partir de cartes qu’il reçoit en début de manche. Puis, il se mettra dans la peau du vendeur sur un marché (par exemple), qui devra fournir l’argumentaire le plus convaincant possible pour vendre son produit.

Epilepsie

On ouvre la boîte. En fait, on hésite un peu avant de songer à l’ouvrir, tant le cocktail de couleurs pas associables fait mal aux yeux. On chercherait presque la mention « crève sale épileptique » sur l’emballage (private joke, ne faites pas attention). L’image du singe disco à l’arrière est aussi pour quelque chose dans le côté effrayant de l’ensemble. Le bon point, c’est que c’est résolument adapté au jeu, et que l’intérieur est un peu plus supportable.

214 cartes et un livret de règles. Les règles sont immédiatement compréhensibles, y compris à la lecture des 3 pages du livret. Les cartes sont d’autant plus facilement lisibles qu’elles se composent d’un mot (généralement un nom pour les cartes bleues, toujours un qualificatif pour les vertes), une image (pas très jolie, mais immédiatement « lisible »), et un petit bout de phrase qui peut servir d’inspiration pour ce qui va suivre.

Folie furieuse

L’ensemble ne fait pas sérieux, et c’est tant mieux. Lors de chaque tour, chaque joueur reçoit 3 cartes de chaque couleur (bleues et vertes, donc), et doit se servir de tout ou partie des mots disponibles pour inventer un produit. Certains malchanceux parviennent à créer un produit sérieux, mais en général on parvient à fournir une « poupée d’urgence au chocolat », des « légumes obéissants » (pour faire la soupe sans se fatiguer), un « range-poney en plastique design », etc. Une fois le concept de vos rêves inventé, reste à le vendre.

Et c’est là qu’on touche au merveilleux. Chaque joueur va devoir présenter sa trouvaille aux autres à la manière d’un vendeur, sans ménager ses effets d’annonces et en trouvant les meilleurs arguments possible, afin de convaincre les autres joueurs que son produit est le meilleur. Je ne sais pas ce qui est le plus fun dans l’absolu, entre la découverte des inventions des autres ou l’écoute d’argumentaires aussi stupides et incroyables que les objets en eux-mêmes. Chaque présentation est une nouvelle surprise, toujours bonne, d’une façon ou d’une autre.

La phase de vote suivante n’est qu’une façon de désigner des perdants à la manche, puis des vainqueurs au jeu, ce n’est vraiment pas ce qu’on retiendra du jeu. Les créations d’objets stupides et les argumentaires complètement barrés qui vont avec, par contre, laisseront des traces, et donneront envie de recommencer, pour trouver encore plus d’inventions improbables et de les défendre avec encore plus d’acharnement.

THE BIG IDEA

Apparence: 12/20

C’est vif et effrayant. On pourrait même dire « moche ». Le bon point, c’est que c’est remarquablement adapté au ton décalé du jeu, donc on n’en voudra pas trop à l’équipe artistique.

Simplicité: 15/20

Simple à comprendre et à appliquer, la règle demande tout de même de savoir improviser un argumentaire commercial sur n’importe quoi, ce qui peut demander un peu de préparation à certains.

Fluidité: 16/20

Excellente. Pas de temps mort durant la partie, on défend son produit durant son tour et on s’amuse des inventions des autres en attendant la prochaine occasion de se mettre en avant. La partie test imposait un temps de parole maxi. de 1 minute, on pense à imposer un temps de parole entre 1 et 2 minutes pour les prochaines.

Immersion: 15/20

C’est qu’on y croit, à son invention stupide, à mesure qu’on prépare l’argumentaire pour la défendre. Par exemple, je suis sûr que ma poupée d’urgence au chocolat peut avoir un avenir commercial…

Fun: 18/20

Il faut que je vérifie, mais ce jeu doit avoir la plus haute note de Fun parmi mes tests. Et c’est largement mérité. L’amusement est présent d’un bout à l’autre de la partie, sans temps de pause. Un modèle du genre.

Clarté des règles: 18/20

Une lecture rapide, presque en diagonale, et on peut se mettre à jouer en connaissant toutes les ficelles du système de jeu. Il faut dire que le système est très simple, ça aide.

Accomplissement personnel: /20

On se met autour d’une table de The Big Idea pour entendre et dire des bêtises, pas du tout pour gagner à un jeu.

NOTE FINALE: 16,5/20

Ou comment un jeu sans prétentions rejoint directement mon top 5 des meilleurs jeux de société. Pur jeu de tchatche qui a le bon goût de ne jamais se prendre au sérieux, The Big Idea soumet aux joueurs une succession d’objets loufoques, et leur offre un moment de plaisir comme on en connait rarement. A posséder.