Falling

27 01 2012

Connaissez-vous le nanar? Pour faire simple, il s’agit d’une, hum… « œuvre » tellement mal conçue et réalisée qu’elle peut soit se vomir au premier degré (non non, le « m » de « vomir » n’est pas une coquille), soit s’apprécier au second degré (pour peu qu’on ait un sens de l’humour bullet-proof) et se regarder comme un bon divertissement/défouloir. Le cinéma est la première source de nanars (Nanarland est d’ailleurs le meilleur endroit pour apprendre à apprécier ces « mauvais films sympathiques »), les jeux vidéo ne sont pas très loin derrière (salut amical au Joueur du Grenier)… et les jeux de société?

FallingBen, apparemment, y’en a qui ont essayé, et c’est nous qui avons eu des problèmes. Car un mauvais jeu, même armé d’un solide second degré, ben ça restera tout de même un mauvais jeu, qu’il faudra suivre jusqu’au bout avec tout le sérieux possible pour tenter de le gagner. Prenons au hasard (totalement au hasard, hein) l’exemple de Falling. L’histoire commence comme celle de n’importe quel nanar: je le trouve, petite boîte pas mise en valeur, au fin fond d’une étagère dans une boutique de jeux (bon, à Nanarland ils trouvent plutôt leurs pépites dans des vidéo-clubs, mais bref). A peine 2€50 le jeu, je tente le coup.

Chute.

Oh, certes, si je m’étais arrêté au visuel de la boîte, je n’aurais probablement pas commis l’erreur de vouloir le tester. Comment dire?… C’est… Ben, c’est hideux, en fait. Ce que représente l’illustration est certes plutôt amusant pour ceux qui ont conservé leur âme d’enfant (celle qui leur faisait griller des insectes à la loupe par temps ensoleillé) puisqu’il s’agit d’un gobelin qui tombe dans le vide, mais le trait excessivement épais et la mise en couleur faite avec le pot de peinture sous Paint et les couleurs les plus moches disponibles… Non, moi j’appelle ça « saboter un dessin », désolé.

L’intérieur est à l’avenant, avec des illustrations similaires (saluons au moins la cohérence graphique) sur des à-plats de couleurs vives. Outre ces cartes, on trouve une règle du jeu peu pratique (j’y reviendrai), qui nous pose le pitch: Pour on ne sait quelle obscure raison (ça commence bien), chaque joueur à l’exception du Maître de Jeu incarne un gobelin qui tombe dans le vide. Leur chute est tellement longue qu’ils décident de passer le temps avec un étrange jeu: le dernier à toucher le sol a gagné.

« Bonjour, sol! »

Comment ça se passe? Le Maître de jeu distribue les cartes une à une, à chaque joueur. Certaines cartes nommées « Riders » (qui arrivent donc totalement au hasard) affectent la façon dont les cartes sont distribuées (on donne une carte de plus à tel joueur, on crée une seconde pile de cartes à tel autre…), d’autres sont utilisables par les joueurs pour déplacer ou supprimer les Riders (vous suivez?). Tout au fond du paquet se trouvent des cartes « Ground », synonymes de fin de partie pour le joueur qui en reçoit une. On joue jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un joueur.

C’est simple? Oui, trop. Car chaque joueur ne peut avoir qu’une carte « action » en main à la fois, ce qui limite… non, qui anéantit toute notion de « jeu ». Il y a des types assis qui reçoivent des cartes, un type debout qui en distribue, et c’est tout. Jouer des actions pour redistribuer les Riders? Cela ne fait que légèrement bouleverser le hasard, à moins de calculer à chaque carte combien de tours il reste avant l’apparition des Ground (ce qui est à peu près impossible). On peut donc jouer une carte au petit bonheur, ou alors garder en main un « Stop » qui annulera le « Ground » de fin de partie, et donc attendre une distribution de cartes totalement inutile.

L’impression en sortie de table est… inexistante, en fait. Un type a distribué des cartes, les autres l’ont regardé faire, et c’est tout. Un néant ludique exceptionnel, qui prouve que le pire, ça peut aussi être décevant.

FALLING

Apparence: 10/20

C’est rigolo, certes, mais surtout criard et dessiné à la truelle (bon, après, les goûts et les couleurs, hein…). Et le packaging (paquet en carton hyper fragile) n’aide pas à remonter la note.

Simplicité: 8/20

C’est pas que ça soit compliqué (un mec distribue des cartes), c’est juste totalement inutile, en fait.

Fluidité: 8/20

Un jeu ou personne ne fait rien, c’est un peu un jeu où tout le monde s’emm#rde, non?

Immersion: 0/20

1 joueur qui distribue des cartes, et les autres qui attendent. Falling, c’est un peu le jeu qui te permet de faire une pause dans un « ludo-marathon » sans que ça se voie de loin.

Fun: 0/20

Cf. « Immersion ». Qu’on soit MJ ou joueur, il n’y a strictement rien à faire.

Clarté des règles: 8/20

Avec un tel néant ludique, le jeu se paye le luxe de ne pas être simple à cerner et à transmettre…

Accomplissement personnel: /20

Non noté, parce qu’il n’y a pas vraiment de jeu, donc…

NOTE FINALE: 4/20

On touche ici à un concept rare, le « jeu de néant ». On ne touche à (presque) rien, on ne fait rien, et la partie s’arrête quand la distribution des cartes est terminée. Dans son genre, Falling est (je l’espère) unique. Ne l’achetez pas, mais essayez de trouver la répartition des cartes sur le net et testez-le chez vous, pour voir l’étendue du désastre…