Troyes

10 12 2011

TroyesConnaître JVachez m’a appris une chose: méfiez-vous des « awards » et autres prix décernés par des sites web. Et même si le « Tric Trac d’Or » n’est pas décerné par des éleveurs de chihuahuas, il convient tout de même d’étudier la chose avec une prudente circonspection avant de sombrer dans l’enthousiasme délirant. Prenez Troyes, par exemple. On en entend parler, on le regarde (avec crainte), on l’essaye, et on juge par soi-même. Bon jeu? Oui. Meilleur jeu de l’année? On n’a pas dû jouer aux mêmes.

Après Olympos, Camelot et The Big Idea, je ne sais plus à quel saint me vouer en matière de boîtes. Plus mes expériences de jeux se multiplient, et moins je peux compter sur un visuel ou un texte d’accroche pour me faire un avis sur le jeu. Troyes ne va d’ailleurs pas m’aider à me faire une opinion définitive sur la chose. La boîte est moche, l’intérieur est terne, les pièces sont dénuées de personnalité… Bon point visuel, tout le décor se la joue « illustrations médiévales » pour coller au thème du jeu.

Pierre taillée

Le jeu nous propulse à Troyes (contre toute attente), à partir de l’année 1200, et nous propose de participer à l’essor de la cité et à la construction de sa cathédrale. Tout ça en incarnant des… bon, là, j’avoue, j’en sais foutrement rien. On a bien un rôle secret, mais ça serait étrange que des personnages si connus puissent se balader et agir incognito en ville, je suppose donc qu’il s’agit de protecteurs. Tous les concepts « existants » (l’argent, l’influence) ne sont que des ressources, l’important est de gagner des « points de victoire » qui ne correspondent à rien de concret et n’aident pas à trouver sa place dans l’univers du jeu.

On se lance donc. Le jeu est principalement divisé en 3 grands quartiers, chacun comportant un bâtiment dans lequel on pourra envoyer des travailleurs. Chaque travailleur dans ces bâtiments apporte un dés de la couleur correspondante à son propriétaire. Après avoir reçu un rôle secret qui nous apportera des points bonus en fin de partie et placé nos premiers ouvriers sur le plateau, on lance nos dés, il y a une invasion extérieure à contenir sous peine de prendre des malus, puis on se lance vraiment dans le vif du sujet. Vif du sujet qui a de la gueule, ‘faut admettre.

Caillou

A chaque tour de jeu sont révélées 3 nouvelles cartes Métier. Chaque carte présente un moyen particulier d’utiliser ses dés, à condition d’avoir envoyé un de ses travailleurs apprendre le métier en question. Ces métiers permettent de contrer le hasard des lancers, gagner de précieux deniers, de l’influence, ou directement des Points de Victoire. L’influence est un outil permettant de changer la valeur de certains dés ou de recruter de nouveaux travailleurs. Il est également possible de dépenser des dés pour construire la cathédrale ou repousser les invasions, afin d’amasser influence et points de victoire.

Jusqu’ici, l’interaction n’est pas évoquée. Je n’aurais jamais cru écrire ça un jour, mais Troyes s’en serait bien mieux tiré au niveau de la notation sans interaction, ou du moins avec une interaction moins « destructive » que ce qui est présenté ici. La seule chose qu’il est possible de faire aux autres joueurs, c’est de leur pourrir l’existence. Et que je t’achète les dés sans que tu puisses refuser ou négocier, et que je te vire tes employés des bâtiments, et que je pique un métier pour que tu ne puisses plus y aller… Du grand bonheur.

Mais alors, puisque le jeu repose sur des jets de dés, et qu’il est facile pour chacun de pourrir les calculs adverses, est-ce que c’est vraiment un jeu de gestion ou de stratégie? Le croire serait s’exposer à une grosse désillusion. Sous ses atours sérieux, Troyes est à prendre à la légère, comme un jeu de dés un peu plus compliqué que la moyenne, pour réellement s’apprécier. Et encore, il y manquera tout de même le petit « je ne sais quoi » qui fait qu’un jeu peut s’imposer comme « Meilleur jeu de l’année ».

TROYES

Apparence: 14/20

Le réalisme fait grimper la note. Parce qu’il faut admettre que c’est rieur comme une veillée funèbre, et que ça donne pas du tout envie d’approcher quand on connait pas.

Simplicité: 16/20

Les actions sont assez faciles à cerner, et le système se paye le luxe de laisser la place à un choix de développement tout en étant assez dirigiste pour ne pas égarer les joueurs.

Fluidité: 14/20

Ça va, ça coule bien. Les temps de réflexion (paradoxalement nécessaires pour un jeu de dés) cassent un peu le rythme, mais sans qu’on ait de quoi crier au scandale.

Immersion: 11/20

Aidée par l’apparence. A part ça, ‘faut s’accrocher (ou prendre une substance illicite) pour se sentir dans le décor, ou réellement impliqué par le devenir de ses points de victoire.

Fun: 10/20

Pas facile à noter, finalement. Un jeu de dés bien pensé sans transcender l’existence, un univers cohérent mais qui n’invite pas à l’euphorie, un système d’interaction qui dynamise l’ensemble, mais qui en même temps est source de frustrations à n’en plus finir… Les transactions « non-destructrices » de 7 Wonders me manquent.

Clarté des règles: 13/20

Paradoxal. C’est simple, mais on a besoin d’y revenir régulièrement pour bien comprendre ce que fait chaque carte…

Accomplissement personnel: 15/20

C’est de la gestion tactique, et même si les dés sont la base de tout, ça reste du jeu sérieux, ça, ma p’tite dame.

NOTE FINALE: 13/20

Troyes, Troyes, Troyes… C’est chiant comme test, parce que j’aime bien le jeu, mais toute tentative de regard objectif plombe l’ambiance… Mélange mal assuré entre le fun d’un jeu de dés et le sérieux d’un jeu de gestion, Troyes offre en apparence un exercice de construction sur sable fin (comment planifier son développement quand tout est basé sur des dés?), dans une ambiance à se pendre (c’était pas joyeux ou coloré, Troyes au XIIème siècle). Pourtant, les mécanismes sont intelligents et parviennent à captiver. A l’exception peut-être du système d’achat de dés aux adversaires, qui achève de ruiner la notion de développement stratégique. Reste un jeu de dés sympathique mais qui aurait mérité un cadre plus « décontracté ».

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