Règlement de Comptes

2 11 2011

Reglement de Comptes

1999. Le monde joue à se faire peur avec le bug de l’an 2000 ou avec Schwarzenegger (chacun sa vision de l’enfer, hein), mais comme en fait on n’y croit pas vraiment, ça n’empêche pas les jeux de sortir. Steve Jackson diffuse « Chez Geek » (« Les Colocs » en VF) aux Etats-Unis, pays qui découvre Time’s Up la même année. Le JCC Pokémon débarque en France alors que Cluedo fête ses 50 ans (avec un an de retard). Et pour compléter cette démonstration de ma recherche documentaire de pré-rédaction, j’ajoute qu’un dénommé Règlement de Comptes apparaît cette même année. Même qu’on y a joué, et qu’il n’a pas pris une ride.

Il est amusant (de mon point de vue) de constater à quel point les modes esthétiques peuvent varier vite, peut-être plus vite qu’ailleurs, quand on parle de jeux. En voyant l’emballage de Règlement de Compte, et surtout les visages de la « famille qui s’amuse selon Parker » à l’arrière de la boîte (une sorte de tue-l’amour ludique, à mon avis), je crois tomber sur une autre antiquité venue du fond des âges. Du coup, je me tiens devant l’objet avec la circonspection et la méfiance du type à qui on a fait tester Innsmouth Escape.

Gâteau et dragées.

La boîte s’ouvre. Surprise n°1: ça a gardé une belle gueule malgré le passage de la décennie. Un plateau simple et lisible figure une grande table ovale, autour de laquelle se placent les plaques (immédiatement lisibles) figurant les personnages des joueurs. Des cartes (qui, elles, ont un peu vieilli -le look casual des jeux Parker étant passé par là-) permettent à chacun de faire diverses actions, pour assassiner son prochain ou pour se sauver les miches. Des pions bardés de « Zzzz » et un pion Gâteau de la couleur de chaque joueur complètent l’ensemble. Pas de dés. Un pur jeu de tactique, donc?

Pourtant, on ne s’attend pas à ça en découvrant le pitch et le thème du jeu: chaque joueur contrôle une famille mafieuse, et tous se sont réunis chez le « parrain des parrains » pour discuter politique et économie. Honnêtement, je m’attendais à une sorte de Cluedo-like à l’ancienne pour représenter ce thème, pas à une table ronde… En tout cas, on se doute rapidement que leur débat, mené aux flingues de concours, aura une toute autre gueule que ceux des primaires socialistes. Et le premier tour de jeu, avec 7 morts sur 30 invités et une famille réduite à fort peu de choses nous conforte dans nos impressions (quand on règle ses comptes, ‘faut jamais oublier les intérêts).

Audiard dans le salon.

Sur le plateau sont disposés des titres de propriétés (pizzerias, bars…), endroits stratégiques qui rapportent de l’argent. Avoir son parrain en vie rapporte de l’argent aussi, et contrôler la Caisse enregistreuse en bout de table double les gains. Chaque joueur commence son tour en ramassant son argent du tour, puis il peut faire une action: un discret coup de couteau dans un voisin, une balle dans le buffet de son vis-à-vis, ou un magnifique gâteau un peu « poivré » offert à un « ami » (qui explosera au début de notre prochain tour), tout est bon pour préserver ses troupes tout en endommageant celles des autres.

Ajoutons la possibilité de déplacer certains de nos truands, par exemple pour occuper un titre de propriété fraichement « abandonné », ou celle de déplacer un gâteau sur un autre malfrat avant son explosion, et on aura un bon aperçu de l’ensemble des possibilités du jeu. Jeu dont l’ambiance varie avec sa progression. Si on commence par violemment dégrossir la foule à grands renforts de couteaux et de gros calibres, la partie devient plus fine et plus tactique à mesure que les places se libèrent, à mesure aussi qu’on perd des éléments et que l’argent se fait plus dur à obtenir. Car bien entendu, le plus riche remportera la partie…

Règlement de Comptes rappelle Cash ‘n Guns pour son thème et son ambiance, et Guillotine pour son déroulement. Il reste en tout cas un très bon jeu d’ambiance, prenant de bout en bout, et dont on parle encore plusieurs heures plus tard (le parrain qui se prend son propre gâteau…). Et ça, c’est un gage de bonne qualité ludique pour un jeu tactique. Pour peu que vous ayez des amateurs des Tontons Flingueurs à portée de main, ça devrait vous assurer une foutue bonne soirée, mais même sans ça y’a moyen de très bien se divertir. Par contre, bon courage pour le trouver, étant donné qu’il n’est plus édité…

REGLEMENT DE COMPTES

Apparence: 14/20

Un matos de haute tenue, des pièces de bonne taille et lisibles, des illustrations qui ont bien vieilli (à l’exception des cartes)… Franchement, Règlement de Comptes a fière allure par rapport à certaines productions actuelles qui oublient que les joueurs ont des yeux.

Simplicité: 14/20

La prise en main est rapide, et les actions faciles à comprendre. Un petit bijou de mécanique qui laisse les joueurs se plonger sans retenue dans l’ambiance.

Fluidité: 13/20

Avec une action par tour et des actions rapides à effectuer, le jeu montre une fluidité jouissive. Petit bémol sur la fin, où on se trouve parfois à ne plus trop savoir quoi faire (tout en hésitant à jeter des cartes et perdre son tour pour re-piocher tant la tension est grande).

Immersion: 16/20

Géniale. On se laisse happer avec plaisir par le thème et par le jeu, on en oublie parfois la dimension tactique pour suivre les histoires de ces familles et leurs petites vengeances (hein Pierre?). Un jeu au titre merveilleusement bien trouvé.

Fun: 16/20

J’ai tout dit dans « Fluidité » et « Immersion ». Amusant, sans temps mort et foutrement accrocheur, pour résumer.

Clarté des règles: 16/20

Le livret résume bien l’ensemble des règles sans laisser de point obscur, et une fois le tout expliqué, les retours à la règle sont rares.

Accomplissement personnel: 12/20

Un hasard assez présent à la pioche (qui définit vos actions possibles) et un bazar d’entrée de jeu qui laisse peu de place à la tactique au premier abord. Mais la tension stratégique et les occasions de se mettre en avant augmentent au fil de la partie.

NOTE FINALE: 15/20

Y’a pas à tortiller, c’est de la bonne. Un gros poseur d’ambiance comme on en fait plus, le jeu qui te met direct dans la peau d’un parrain « à la française » sans oublier d’avoir une mécanique sympa derrière pour te garder à la table comme un calibre dans les côtes. Et une fois que c’est fini, t’as qu’une envie, c’est d’y retourner. Parce que t’es responsable de l’honneur d’une famille, et que ça, c’est sacré.

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One response

2 11 2011
Pierrot

De la veangeance? t’as vu ça ou gnihiiii o:)

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