Blanc-Manger Coco

27 03 2017

Comme promis dans mon test de Kalifiko, voici à présent celui de Blanc-Manger Coco. Un jeu qui me pose tellement de problèmes qu’il sera à deux visages: l’objectivité sera de mise dans le cadre de notation en bas d’article, tandis qu’un avis purement subjectif servira de trame au texte explicatif. La différence entre les deux risque de vous surprendre.

boîteJe dois vous faire une confession: j’aime pas trop Jean-Marie Bigard. Il y a bien sur quelques sketchs intéressants dans son répertoire comme la Valise RTL ou la Chauve-souris enragée, mais quand il part dans l’humour graveleux bas de gamme je zappe. J’ai jamais regardé American Pie non plus, ni la plupart des comédies pour ados de même calibre.

Oui, il m’arrive de placer des expressions comme « dtc » (dans ton cul) ou « cmb » (comme ma bite), mais je les considère moins comme des grivoiseries lambda que comme des marqueurs sociaux, des éléments que les adeptes de mèmes internet seront à même de reconnaître pour mieux m’identifier comme un des leurs. Et quand je ris de « métaphores », je n’ai pas besoin pour m’amuser qu’un lourdaud vienne me dire « c’est drôle parce que ‘sa pizza’ en fait ça veut dire ‘sa vulve’, huhuhu! ». L’humour trash s’épanouit dans le mystère et le non-dit.

Prout.

Mystère et non-dit seront les grands absents de Blanc-Manger Coco, adaptation à la culture française du jeu américain « Cards against Humanity ». Le jeu est composé de cartes de 2 types, rangées dans une solide boîte en carton et accompagnées d’une règle du jeu. L’ensemble est de bonne qualité, le visuel est très sobre et offre une bonne lisibilité. J’allais écrire « trop sobre », mais si la déco avait été à l’image des textes ça aurait été un objet gênant à posséder chez soi.

Le principe est très simple: les joueurs ont en main des cartes présentant des… disons des « concepts », il peut s’agir de groupes nominaux ou verbaux: « le gouvernement Ayrault », « violer une chèvre » (hahaha), « une partouse d’octogénaires » (hohoho) ou plus simplement « ma bite » (héhéhé). A chaque tour est désigné un Juge. Le juge pioche une carte « texte à trou(s) » (« contre le stress, —- » , « —- c’est bien, —- c’est mieux », etc.), et chaque autre joueur doit choisir dans sa main un ou plusieurs concepts pour compléter le texte. Le juge rassemble le tout et détermine l’association d’idées qu’il trouve la plus amusante.

cartesBite.

Le matos est très bon, le concept aussi (et je ne dis pas ça parce que j’utilise à peu près les mêmes règles pour jouer avec les cartes de Kalifiko), mais y’a un truc qui me gêne, c’est le niveau d’humour constamment au ras des pâquerettes, quand il ne creuse pas carrément sous leurs racines. Y’a aucune échappatoire qui permet de relever le niveau, tu vas de truc glauque en truc glauque sans te raccrocher à quoi que ce soit qui permettrait de respirer, l’humour trash explicite se prolonge jusqu’à atteindre et allègrement dépasser le point de lassitude.

Il est écrit sur la boîte que ce jeu est « le premier jeu pour adultes pensé par des adolescents et produit par des enfants ». Je corrige, il s’agit d’un jeu pour ados (ou adultes qui ont oublié de mûrir) conçu par des enfants (de 10-12 ans maximum), produit par des adultes (qui ont bien perçu la portée commerciale du truc suite à son succès outre-Atlantique). Un jeu qui me laisse froid et dont je me tiendrai à l’avenir aussi loin que possible.

Voilà pour mon avis perso. A présent, passons à la notation objective:

BLANC-MANGER COCO

Apparence: 16/20

C’est sobre, élégant, lisible, de bonne qualité, et rangé dans une boîte solide qui tiendra votre jeu en bon état. Rien à redire.

Simplicité: 17/20

La compréhension prend 3 minutes, c’est juste un poil plus complexe de gérer les réponses multiples niveau « mélange des réponses ».

Fluidité: 16/20

Pas de souci de fluidité puisque écouter les réponses fait partie de l’amusement, donc on ne ressent pas de longueur en jeu.

Immersion: 15/20

On essaie de poser les propositions les plus stupides/amusantes, ou alors en tant que juge on se demande ce que les autres vont bien pouvoir sortir… On ne décroche pas.

Fun: 17/20

C’est rare que le mot « fun » soit autant d’à-propos. Le titre est vraiment conçu pour amuser les gens et il y parvient sans difficulté.

Clarté des règles: 20/20

En même temps, la simplicité du truc facilite forcément l’explication des règles, mais quand leur transmission dans les moindres détails prend environ 12 secondes, on ne peut pas mettre en-dessous de 20.

Accomplissement personnel: /20

Non noté car gagner n’est pas le but de l’expérience ludique dans ce cas.

NOTE FINALE: 17/20

Soyons honnêtes, Blanc-Manger Coco est objectivement une grande réussite. Un exemple de jeu « minimaliste » dont les auteurs ont compris qu’un jeu d’ambiance doit justement laisser l’ambiance s’installer librement, sans la cadrer avec des règles et des accessoires superflus. Un jeu qui sera sûrement boudé par les « puristes » adeptes de la réflexion et la stratégie, mais qui mérite une place évidente dans les ludothèques de ceux qui cherchent à jouer avant tout pour passer un bon moment avec leurs proches.





Kalifiko

27 03 2017

J’ai noté dans mon petit message de présentation que mes tests étaient subjectifs, et que j’assumais parfaitement ce point. Eh ben voilà que 2 jeux me soumettent un intéressant paradoxe. 2 titres très similaires, dont l’un est objectivement meilleur que l’autre mais subjectivement moins bon. Défrichage ici du second, Kalifiko.

Alors il y a une explication très simple à ce phénomène: je fais jouer aux gens à Kalifiko avec des règles « maison ». Car le gros, GROS problème de ce titre réside dans son système de règles. Ceci dit, niveau apparence on ne peut pas dire non plus que ça soit la grosse éclate.

Rentre dans une valise.

KalifikoAu programme, un paquet de cartes, une sonnette en métal/plastique, et la règle du jeu, le tout dans un sac en tissu assez solide. La couleur dominante? Orange. Le orange pétant façon équipe de football des Pays-Bas (ou travailleurs sur le bord des routes). Osons le dire: c’est moche. Mais ça a le bon goût d’être lisible.

Sur les cartes se trouvent des qualificatifs (« petit », « ne rentre pas dans une valise », « préféré par les hommes »…). A chaque tour, un joueur est désigné pour proposer un nom (« un arbre », « le bonheur », « Nicolas Sarkozy »…). Puis les joueurs regardent les qualificatifs qu’ils ont en main. Si un joueur en trouve un approprié, il tape sur la sonnette centrale et propose son association.

Ne ressort pas de la valise.

Et c’est là que le titre s’écroule. Car les autres joueurs vont se concerter pour décider de valiser ou non la réponse proposée. Si c’est OK le joueur gagne des points, mais il en perd si son qualificatif est rejeté (on n’a même pas besoin d’argumenter). Bienvenue au paradis de la mauvaise foi et du blocage de jeu.

Ce jeu est le premier dont je n’ai pas terminé la partie (même pour Falling, on est allés jusqu’au bout) tellement le système est mal foutu et bloque complètement le fun. Par contre, en lui appliquant une règle maison il devient très drôle et c’est une vraie bonne pioche: supprimez la sonnette, désignez à chaque tour un juge qui déterminera le vainqueur parmi les propositions de ses adversaires, et ça passe tout seul.

… Ah, je viens juste de décrire les règles de Blanc-Manger Coco. Du coup on va en parler dans le second test du jour.

KALIFIKO

Apparence: 11/20

C’est moche. De qualité acceptable, lisible, des efforts ont été faits pour la sonnette, mais c’est moche.

Simplicité: 16/20

Faut être honnête, c’est simple à comprendre. Tu entends un nom, tu associes deux idées, tu tapes sur la sonnette…

Fluidité: 12/20

… et tu te fais rembarrer parce que les gens ne veulent pas te donner de point. Retour à la case départ, le jeu n’avance pas, etc.

Immersion: 8/20

Au bout d’un court moment tu balances tes réponses avec la certitude que ça ne va pas passer, tu contres sans conviction juste pour le principe…

Fun: 6/20

… et tu perds tout intérêt pour le jeu, la soirée, voire la vie dans les cas les plus extrêmes, tellement tu t’ennuies.

Clarté des règles: 15/20

Par contre ça va, les règles du jeu s’expliquent bien.

Accomplissement personnel: /20

Non pertinent, l’objectif (raté) du titre est de faire passer un bon moment, pas d’engendrer de la fierté dans la victoire.

NOTE FINALE: 10/20

Honnêtement, Kalifiko est un ratage de haut niveau. Un titre avec un concept de base sympathique mais dont l’auteur a pourri le potentiel par l’ajout d’une sonnette et d’un jugement collectif qui font s’écrouler le potentiel de la mécanique d’association d’idées. Enlever ces 2 mauvaises idées vous donnera un très bon jeu d’ambiance qui mérite facilement un 15/20.





Terra Mystica

3 03 2016

C’est marrant le hasard. Il y a quelques temps je calculais que mon blog a presque 5 ans (dans 3 jours à l’heure où j’écris ces lignes), et je me disais que ça serait sympa de faire des sortes d’Awards un peu décalés, ou peut-être des « best-of », pour marquer le coup. Et voilà que les gens de Filosofia Games me filent un coup de main en me proposant Terra Mystica, un best-of à lui tout seul. Celui de ce que je souhaitais ne plus voir à une table.

Plus le temps passe et plus, au lieu de s’ouvrir, mes goûts ont au contraire tendance à s’affiner en matière de jeux. De consommateur de tout, je deviens au fil du temps plus critique, avec un style de jeu qui me révulse maintenant au plus haut point: l’usine à gaz. D’ailleurs pour tout vous dire je me demande si je suis bien légitime pour vous parler de Terra Mystica tant il se situe aux antipodes de ce qui me plaît dans une expérience ludique. Mais bon, je l’ai subi, alors il n’y a pas de raison que je ne vous en fasse pas profiter.

Terra MysticaL’ouverture de boîte est agréable, car la boîte est pleine. On y trouve les règles du jeu en 2 langues, un grand plateau, plein de pièces de monnaie en carton, des jetons de diverses tailles, et des pièces de bois. Alors je vous ai déjà chanté mille fois mon amour pour les pions en cartons bien illustrés et leur supériorité sur les pions en bois ou plastique mal faits, qui sont un peu au jeu de société ce que Bubsy 3D est au jeu vidéo (un lamentable échec dans le passage à la 3D).

Expansion

Mais au moins, la plupart du temps, les pions représentent ce qu’on doit y voir, ou au pire il s’agit de cubes ou de cylindres peu jolis mais symboliques. L’ennui, c’est quand un pion ne représente pas ce à quoi il ressemble. Bon, les maisons sont des maisons, les bonhommes sont des prêtres, tout va bien. L’espèce de carré tordu qui est en fait une forteresse, bon, en ouvrant son cœur on y arrive. Par contre les cylindres sont des églises, les églises sont des commerces, et Fort Boyard est une cathédrale. Et ça, on met plus de temps à s’y faire.

De manière générale, le réalisme est d’ailleurs un des 2 gros défauts du jeu, on sent bien que les auteurs ont d’abord peaufiné leur mécanique, finement ciselée et à leur image (je ne veux pas rencontrer ces gens), et qu’ensuite ils ont vite fait tordu 3 concepts ensemble pour justifier le bordel. Le tout collé avec l’argument imparable que les rôlistes connaissent bien: Ta Gueule, C’est Magique.

Car oui, vous évoluez dans un monde empreint de magie. Chaque joueur contrôle une faction (nains, sorcières, nomades du désert, hommes-lézards… il y a du choix) et doit s’étendre sur un pays. Mais cela en modifiant le terrain afin qu’il lui soit possible de s’y installer. Il est par exemple hors de question qu’un fier Nain pose sa maison ailleurs que dans sa montagne chérie. Donc plutôt que de rester dans ses montagnes et miner son Arkenstone peinard, il va transformer le terrain environnant en montagnes pour s’y installer.*

Et donc, la magie? Eh bien c’est une ressource importante du jeu, au même titre que l’or ou les ouvriers. C’est même la ressource principale en réalité, puisqu’avoir de la magie est assez rentable pour se faire or et ouvriers, tandis qu’une bonne force de travail ou des richesses ne permettent pas du tout d’obtenir de la magie ni de compenser le manque d’une autre ressource. Plein de choix apparents, une seule ligne à suivre, ça vous rappelle un truc? Moi deux: Cyclades et Olympos. Et encore, Olympos proposait une mécanique de base (la gestion du temps) mal agrémentée mais intéressante à la base.

Déclin

Ici la magie est représentée sous forme de pions répartis dans trois bols. Ils se déplacent du bol 1 au bol 2, puis du bol 2 au bol 3 une fois que le bol 1 est vide, en fonction des icônes de gain de magie que vous trouverez. Pour utiliser la magie vous pourrez dépenser les pions situés dans le bol 3 en les replaçant dans le bol 1, grâce à des actions de consommation de magie. Ça vous semble lourdingue pour peu de chose? Ça l’est. Ça se voit dès la lecture et je vous assure que ça se constate dans la douleur en jeu. Le souci c’est que tout est comme ça.

Bon, pas tout: la construction et l’amélioration des bâtiments, grâce à de l’or et des ouvriers, obéit à une logique et une simplicité bienvenues. Par contre les bâtiments ont un niveau de… disons d’importance, alors quand vous réunissez un certain nombre de bâtiments et totalisez une certaine importance vous avez une Ville, qui comme ça, automatiquement, vous donne le bonus de votre choix (les trucs poussent tout seuls dans les villes). C’est pas irréaliste, c’est juste rajouter un degré de calcul inutile, un énième truc chiant qui a pour seul intérêt de se donner un air sérieux.

« Et il y a des interactions? » Non. « Euh, Max, si, parce que quand tu construis à côté du- » Non. Quand tu construis à côté du voisin il se passe un truc qu’on peut qualifier de « stupide », « chiant », « incohérent », « pourri », mais pas « interactif ». Parce que toi, ça ne te fait rien gagner (à part une réduction de coût sur une amélioration d’un bâtiment précis, youhou), et l’autre peut se sacrifier X-1 points de victoire pour gagner X points de magie, X étant l’importance cumulée des bâtiments qu’il possède à côté du tien. Non, vraiment aucun mécanisme ne pouvait être simple et cohérent…

Bref, Terra Mystica est comme une parodie. Un truc qui reprend et accentue les défauts habituels des jeux de gestion pour mieux vous les faire éclater à la figure. Mécanique compliquée jusqu’à l’absurde, background bancal et tordu pour s’adapter au système, impression de tours interminables pour peu de choses, tout y est, à un point qui en devient presque comique. « Presque », parce que le jeu se veut sérieux, il croit à mort en ses qualités et en est fier. Il ne devrait pas. Et si vous partagez mes goûts, vous ne devriez pas en approcher.

 

TERRA MYSTICA

Apparence: 11/20

La partie carton est quelconque mais pas moche. Les pions en bois me laissent davantage perplexe.

Simplicité: 9/20

La bonne blague… Rien n’est simple dans Terra Mystica.

Fluidité: 8/20

On peut avoir un jeu complexe, avec des tours longs, et lui reconnaitre une fluidité relativement bonne. Pas ici. Les tours sont longs, oui, mais pour un impact en jeu souvent minime. On s’ennuie juste à voir une usine tourner toute seule.

Immersion: 9/20

Apparemment, mes amis Facebook se portent bien. Oui, j’étais tellement peu dans le jeu que j’ai vérifié.

Fun: 4/20

Et un bouquet de chrysanthèmes pour ma joie de vivre. Chiant, long, vide. Rien de plus à ajouter.

Clarté des règles: 10/20

Le proprio du jeu (qui pourtant nous a appris à jouer à Through the Ages, donc le mec est pas un rigolo) a préféré nous montrer une vidéo de présentation du jeu que se risquer à expliquer les règles. Même lui a abandonné, c’est vous dire.

Accomplissement personnel: 16/20

Puisque c’est sa seule raison d’être, reconnaissons-lui ça: la victoire se mérite et engendre une légitime fierté. Probablement semblable à celle de Champollion devant sa première traduction de hiéroglyphes, soit dit en passant.

NOTE FINALE: 10/20

On approche d’un nouveau palier dans le mauvais jeu. Ennuyeux à l’extrême, Terra Mystica se plait à faire durer le déplaisir, laissant à chacun le soin de bien apprécier cet amas de complexité inutile qui voudrait bien se faire passer pour de la profondeur. Et je me rends compte qu’avec tous les griefs que j’avais à développer je n’ai pas non plus parlé des choix de jeux accessibles à un seul joueur par tour, en mode « premier arrivé, premier servi »… Bref, fuyez tant qu’il est temps.

* Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer la justification trouvée dans le manuel à l’expansion montagnarde des Nains: la terre dégagée par les excavations des Nains est si importante qu’elle permet de recréer une nouvelle montagne, dans laquelle d’autres Nains peuvent creuser. Et comment on enlève une montagne de terre d’une montagne sans supprimer la montagne? Et comment les nains s’installent si c’est de la terre et des gravats et qu’on ne peut pas y former un tunnel vu que ça s’écroule tout seul? Et pourquoi ils creuseraient là-dedans vu que ce n’est plus que de la terre sans richesses à l’intérieur? « Ta Gueule, C’est Magique ». Ah d’accord.

 





Mysterium

16 11 2015

J’ai beau essayer de juger les jeux sur des critères objectifs, je dois me rendre à l’évidence: parfois l’efficacité ou non d’un jeu repose sur autre chose que son apparence ou la finesse de son système. Un jeu moche et brouillon peut parfois vous amuser des heures, alors qu’un jeu magnifique, à la mécanique finement ciselée peut vous laisser de marbre en sortie de table. Illustration avec Mysterium.

Il y a fort longtemps, un crime a été commis, si atroce que l’âme de la victime n’a pu trouver le repos et erre toujours dans son ancienne demeure. Dans les années 20, une équipe de médiums profite d’un évènement astral particulièrement propice (éclipse? déchirure spatio-temporelle? Lune et Mercure en Capricorne?… en fait j’ai oublié) pour entrer en communication avec cet esprit et l’aider à trouver le repos en résolvant le mystère qui entoure son meurtre. Le problème, c’est que cette conjonction favorable ne dure que 7 heures.

Esprit, es-tu là?

Pour ce faire, les joueurs commencent par ouvrir la boîte. Ils y découvriront plein de cartes de plein de tailles différentes représentant des gens, des lieux, des armes… S’y trouvent également des pions aux couleurs des joueurs, des bouts de carton qui une fois assemblés forment une horloge, et un grand écran de jeu pour masquer les « souvenirs » du fantôme.

C’est plutôt classe visuellement, les illustrations sont belles, chaque élément de matériel est bien choisi et bien réalisé. Le seul petit souci c’est que de voir un tel tas d’éléments à la 1ère ouverture de boîte fait assez peur, on se trouve paumé parmi les divers éléments sans trop savoir quoi en faire. Et apparemment, la règle du jeu n’apporte qu’un soutien relatif si on ne l’a pas soigneusement étudiée avant la partie. Mysterium, ça ne s’improvise pas.

Et donc, à quoi tous ces trucs vont-ils servir? Au début de la partie, divers éléments sont choisis au hasard parmi 3 piles de cartes: des suspects, des lieux, et des armes. Il y a un élément de chaque type par joueur. Et on touche là à un gros problème de narration: le fantôme, qui est censé collaborer avec les médiums pour leur faire découvrir le meurtrier, a l’esprit plutôt retors puisqu’il va faire deviner à chaque médium un scénario distinct, comportant son propre meurtrier, son lieu du crime et son arme!

tumblr_inline_nnvx1fqglP1t7bgao_1280Ça grince au grenier.

Pour ce faire, il dispose d’un gros paquet de cartes Vision. A chaque tour (symbolisant une heure), il va en donner une à chaque joueur afin de l’aider à progresser dans son scénario. Les joueurs devront d’abord identifier leur suspect, puis leur lieu du crime, puis leur arme du crime, parmi les cartes étalées devant tout le monde. Une progression par paliers qui simplifie le boulot, et qui évite de se perdre dans un amas de suppositions inextricable.

En plus de cette simple avancée, les joueurs auront des jetons leur permettant de juger si leurs coéquipiers ont ou non fait les bonnes suppositions. Un élément important car les jugements corrects accordent des points de Clairvoyance utiles à la dernière phase du jeu. Celle qui permet de déterminer quel scénario trouvé par les joueurs est en effet le bon. Lors de cette ultime phase, le fantôme donne 3 visions communes… mais les joueurs ne peuvent en voir qu’une partie s’ils n’ont pas été assez clairvoyants lors du jeu.

Alors tout est bon, le jeu est beau, la mécanique bien travaillée, on sent que les concepteurs ont passé du temps sur leur bébé et ont pensé à tout pour que l’expérience de jeu soit vraiment la meilleure possible… mais il y a quelque chose qui ne marche pas. Quelque chose d’indéfinissable, qu’on ne peut pas juger objectivement, mais qui fait qu’on sort de table sans émotion. Pas de fierté d’avoir accompli quelque chose, pas d’amusement ou de stress face aux situations, pas même de frustration face à un évènement qu’on voudrait mieux gérer… En bref rien qui provoque l’envie d’y revenir.

MYSTERIUM

Apparence: 17/20

Ça en jette visuellement, même si des illustrations plus « dark », marquant mieux un esprit torturé, ne m’auraient pas déplu au niveau des visions.

Simplicité: 14/20

Comprendre le principe n’est pas difficile. La réalisation, un peu plus.

Fluidité: /20

Il est rare que la fluidité ne soit pas un critère pertinent. C’est le cas ici, le jeu étant basé sur la réflexion en coopération. Donc le temps passe lentement, malgré la présence d’un sablier pour limiter la durée des phases.

Immersion: 14/20

On se prend à l’enquête, au décryptage de ses indices pour avancer… Dommage que le postulat de départ et cette histoire de fantôme qui dévoile un meurtrier différent à chaque enquêteur ternisse un peu le tableau.

Fun: 8/20

Bah, pas grand-chose à en dire… C’est finalement ça, le vrai point faible du titre.

Clarté des règles: 11/20

Des soucis de retranscription des règles, qui semblaient au visuel assez confuses à trop vouloir se compacter sur la plus petite surface possible.

Accomplissement personnel: /20

Alors oui, on est quand même un petit peu content quand on fait la bonne déduction à la fin. Mais c’est tellement peu de chose que ça ne mérite pas vraiment de note.

NOTE FINALE: 13/20

Une note un peu par défaut, parce que sous certains aspects ce jeu mérite bien plus, mais sous d’autres il devrait recevoir moins. Le visuel est propre, le système est bien ficelé malgré des incohérences, il est vrai qu’on ne voit pas le temps passer, mais il manque ce souffle indéfinissable, ce petit plus qui fait qu’on est particulièrement contents d’y avoir joué. On joue au jeu, on gagne ou on perd, et on passe à un autre sans pouvoir s’accrocher à des sensations que le titre ne parvient pas à nous transmettre. Dommage.





Settlers – Naissance d’un Empire

19 07 2015

Les cinéphiles s’amusent parfois à trouver des « patterns » (des éléments récurrents) dans les films qu’ils regardent, souvent en les reliant à leurs réalisateurs (une version « café du commerce » de la Politique des Auteurs chère à François Truffaut). Mickael Bay fait exploser des trucs, Spielberg fait se poursuivre des trucs, John Woo fait voler des colombes, etc. Ignacy Trzewiczek, son délire, c’est de faire construire des civilisations avec des cartes à triple emploi. Qui sommes-nous pour le juger?

boite« On ne change pas une formule qui marche », dit-on. Sauf que parfois, une formule qui fonctionne vite fait dans son coin et qui intéresse sa petite niche a besoin d’un coup de balai pour véritablement devenir un hit potentiel. Du genre, prenez 51ème Etat. Vous ne m’entendrez jamais dire que ce jeu est mauvais, il a juste quelques failles. Un manque d’interactions entre joueurs, un visuel pas engageant, un thème un peu hors mode, des civilisations pas si marquées que ça… Des petites choses donc, que Settlers corrige avec élégance.

Et le premier truc qui marque, c’est la claque visuelle. Exit le monde post-apocalyptique crade de 51ème Etat, bienvenue dans une antiquité fantasmée allant puiser dans la préhistoire aussi bien que dans l’époque médiévale (pour les samouraïs). Romains, Égyptiens, Japonais et tribus Barbares se disputent la suprématie sur je ne sais quel lopin de terre et vont jouer à qui a la plus grosse civilisation pour connaître le vainqueur.

Bâtir…

Le tout illustré par des petits bonhommes mignons sur des cartes colorées, et surtout bien lisibles (on retrouve d’ailleurs les codes couleurs de 51ème Etat avec la zone bleue pour le commerce et la zone rouge pour le pillage). Outre les cartes, les jetons de ressources font aussi leur retour. Beaucoup d’entre eux sont en bois, sculptés à la forme de ce qu’ils représentent (une pomme pour la nourriture, etc.). C’est bête, mais le degré de finition met en confiance, donne d’entrée de jeu plus de sympathie pour le titre.

Et donc, comment ça marche? Comme dans 51ème Etat: Au début de votre tour, vous récoltez vos ressources, puis vous piochez des cartes (3 par tour, dont 2 sont visibles par votre adversaire). Ensuite, chaque joueur accomplit une action à tour de rôle, jusqu’à ce que tous aient passé. Enfin, les ressources non-utilisées sont défaussées, et un nouveau tour commence. Ceci se répète jusqu’au 5ème tour.

Il existe des bâtiments de production, d’autres qui offrent des Actions supplémentaires à effectuer lors de son tour (généralement défausser des ressources pour marquer des points, mais pas que), et d’autres dits « spéciaux » qui amènent divers avantages. Le tout divisé en cartes « communes » (utilisables par tous) et en cartes « de faction » (chaque joueur a son deck). Les civilisations sont bien différenciées, et le jeu favorise clairement la construction des bâtiments de faction pour augmenter sa puissance.

… et rebâtir.plateau

Pas trop de différence avec 51ème Etat? Si, une de taille: les interactions. Dans le jeu post-apocalyptique, elles se limitaient à 2 bâtiments qui volaient des ressources. Ici, elles sont plus nombreuses et influent sur la façon d’envisager les constructions. En effet, en dépensant une ressource spécifique (les épées) il vous sera possible de mener des « razzias », non seulement sur les cartes de votre main mais aussi sur les cartes communes (ou japonaises) des civilisations de vos adversaires, afin de les ralentir et de gratter quelques ressources de plus.

Là où le système est intelligent, c’est que le joueur qui se fait casser un bâtiment n’est pas laissé sans rien. Il peut récupérer un peu de bois sur les ruines du bâtiment, et la carte visée est retournée pour devenir des « fondations ». Ces fondations pourront être utilisées par le joueur pour construire ses bâtiments de faction. De quoi relativiser la frustration liée à la perte d’un bâtiment généralement secondaire dans la stratégie.

Au final, Settlers est une très bonne modernisation de 51ème Etat. Le système a gagné la part d’interaction qui lui manquant, pour devenir un très bon jeu de développement de civilisation. Les 4 peuples bien différenciés apportent une bonne rejouabilité, et le titre reste intéressant quel que soit le nombre de joueur (même si j’ai une préférence pour les duels). Le tout avec un visuel bien plus propre et porteur que son ainé, qui donne envie d’entrée de jeu de se mettre à la table.

HeadsPetite astuce: Même un duel où les joueurs piochent comme des damnés n’utilise pas la moitié de la pioche. Donc en séparant la pioche Commune en 2 pioches égales pour gérer 2 tables, il est possible de faire jouer 2 duels simultanément avec une seule table, et donc d’improviser un mini-tournoi à 4 joueurs.

SETTLERS – NAISSANCE D’UN EMPIRE

Apparence: 17/20

C’est mignon, coloré, largement lisible, et la finition sur les pièces laisse rêveur. Si on veut absolument râler, la piste de score pourrait être mieux gérée.

Simplicité: 14/20

Les actions sont simples à cerner et à mettre en œuvre, et le développement progressif des civilisations amène une complexification graduelle des tours qui permet de se plonger doucement dans le bain.

Fluidité: 13/20

Justement, quand les cités deviennent plus grandes, choisir que faire et dans quel ordre peut demander un peu plus de temps. Mais rien de bien gênant…

Immersion: 15/20

… puisqu’on ne voit que peu le temps passer. Le jeu est très prenant, entre la réalisation de ses actions et la planification durant celles des autres.

Fun: 14/20

Bon, c’est pas à hurler de rire, comme les autres jeux de ce type, mais les amateurs de calculs de tours passeront un bon moment.

Clarté des règles: 15/20

Un poil trop impersonnelles, les règles ont tout de même l’avantage de la lisibilité. Les éléments sont logiquement rangés, et facilement compréhensibles.

Accomplissement personnel: 16/20

Les esprits chagrins feront remarquer que la pioche est bien présente, mais aucun argument ne vaut la fierté de voir sa civilisation écraser les autres à la fin de la partie.

NOTE FINALE: 15/20

Settlers est un très bon titre qui mérite vraiment que vous y posiez les mains. Joli, simple à prendre en mains, intéressant et immersif, ce titre a toutes les qualités pour plaire au plus grand nombre. A tester, au minimum.





[De Re Militari] Hyperborea

14 05 2015

hyperborea-3300-1399660140Aujourd’hui j’ouvre une nouvelle rubrique sur OzB, « De Re Militari », soit en latin « Qui concerne les questions militaires ». Une rubrique tactique, visant à décortiquer un jeu, analyser ce qui me semble être les meilleurs choix, afin de maximiser son efficacité en partie. A noter qu’il ne s’agira pas obligatoirement de jeux « militaires », je ne m’interdis pas un « DRM » (court) sur The City, par exemple. Mais pour la première, place à une analyse longue, sur un jeu riche & compliqué. Place à Hyperborea.

Et on va rapidement rentrer dans le vif du sujet parce qu’il y en a, des choses à dire sur ce titre. Hyperborea est simple à jouer, mais assez compliqué à prendre en main vu la quantité de choix tactiques disponibles à tout instant (si vous gérez bien). Donc on va commencer le défrichage par quelques points généraux, avant d’étudier chaque peuple indépendamment puis de s’intéresser à quelques pouvoirs et cartes Technologie.

Au fait, cette analyse suppose que vous avez déjà (eu) le jeu en mains et que vous connaissez les bases du vocabulaire s’y rapportant.

I/ La Base:

Une fin de tour mal gérée, ça ressemble à ça.

Une fin de Reset mal gérée, ça ressemble à ça.

Alors qu’on se comprenne bien, suivre tout ça à la lettre ne vous assure pas une victoire à tous coups, de même que vous pouvez gagner sans respecter ces points. Mais globalement, tout ça vous donnera une impression de bien maîtriser votre partie et vous permettra de mieux réfléchir à votre tactique sur le plus long terme.

1- Comptez les cubes, c’est gratuit: Parfois on se dit que ce n’est pas si grave, mais la pioche de 2 cubes au lieu de 3 dans le tour précédant le Reset (la remise à zéro) peut suffire à vous faire perdre un tour. Dans l’idéal, vous devriez savoir à chaque instant de combien de cubes vous disposez pour vos prochains tours, et de vous arranger pour obtenir le plus souvent possible un multiple de 3.

Vous avez le droit à tout instant de plonger la main dans votre sac (tant que vous n’en modifiez pas le contenu), alors profitez-en! Vous comptez 1 cube de trop? Piochez-le lors d’un prochain tour. 2 cubes? Rajoutez-en un 3ème (de la manière de votre choix), ou piochez-en 2 si vous pouvez. Faites des tours pleins!

1bis- Piocher, oui, mais bien piocher: Corollaire au point précédent, la pioche est un élément qui accélèrera toujours votre partie, à condition que vous la gériez bien. Gagner un peu d’avance en piochant votre cube supplémentaire est sympa, mais peu rentable si ça vous fait perdre votre tour d’avant-Reset avec une dernière pioche au rabais. Pensez-y…

Les conditions de victoire. Peu de points, mais un vrai pouvoir structurant.

Les conditions de victoire. Peu de points, mais un vrai pouvoir structurant.

2- Deckbuilding, cube building, c’est pareil: De la même façon que dans un JCC vous n’arriverez à rien en réunissant des cartes d’une couleur sans chercher comment les combiner pour gagner, Vous allez vous planter sévèrement sur 90% de vos parties d’Hyperborea si vous construisez votre réserve en vous focalisant sur une couleur plutôt qu’une condition de victoire.

Quand vous prenez connaissance de votre peuple, regardez les tuiles victoire, choisissez celle qui a l’air la plus simple à réaliser. À partir de cet instant, tous vos prochains choix devront vous guider vers l’obtention de cette tuile.

3- La synergie, l’amie des parties réussies: Il est tentant pour les bourrins de ne regarder que le plateau. Les adeptes de la recherche technologique peuvent se dire que le déploiement sur le plateau ne fera que les ralentir. Que nenni! Tout est important pour accélérer la partie.

Les Conquérants auront besoin de Technologies pour bouger et frapper plus souvent, franchir les environnements spéciaux, ou compléter leur tuage de masse par un « farming » de Points de Victoire secondaire. Les capacités de pose de personnage sont également intéressantes. Les « purs scientifiques » verront leurs progrès largement accélérés par les capacités de Progrès ou de pioche situés sur certaines villes.

4- S’il n’existait qu’une couleur: Vous débutez? Vous jouez un nouveau peuple, et vous ne savez pas par quel bout commencer? Dans le doute, prenez du Vert. Si votre stratégie se base sur le déploiement sur le terrain, ça va directement vous accélérer, et si vous jouez plutôt « jardinage » dans votre coin ça va vous inciter à progresser sur le terrain et profiter des bonus des villes/ruines voisines. C’est jamais perdu.

Voilà, si vous parvenez tant bien que mal à suivre ces quelques conseils, vous ne devriez pas trop souffrir lors de vos 1ères parties. A présent, intéressons-nous aux différents peuples existants.

II/ Les Peuples:

Le Duché Carmin:

Description: Ah, les brutasses de service… Qu’on choisisse le pouvoir qui donne des petits boosts militaires ou celui qui réduit le coût des attaques, il y a clairement écrit « on va cogner » en sous-titre sur ce peuple. Et qui dit « cogner » sous-entend « gagner aux Gemmes » . C’est un peuple intéressant pour contrer la victoire par Propagation (poser tous ses guerriers), mais moins bien loti pour faire la course à la Technologie.

Quels cubes: Vert, sans hésiter : il vous faudra parcourir toute la carte pour tuer chaque adversaire une fois avant de marquer des points en combat. Par la suite, prévoyez un peu de rouge en plus pour multiplier vos attaques, et du jaune pour accélérer votre récolte de PV.

« Chef, on va dans le mur! »

Quels pouvoirs: Exploration et Attaque, évidemment. Si le terrain vous est défavorable (montagnes), recherchez une technologie de Vol aussi vite que possible. Quand vous serez satisfait de votre force de frappe, augmentez si possible votre récolte de Gemmes.

Le Matriarcat Pourpre:

Description: Un peuple nombreux, qui vénère la vie, qui se clone, et dont tous les pouvoirs visent à poser des Guerriers plus rapidement… Si vous pensez faire avec eux autre chose qu’une victoire par Propagation, vous avez un souci que cet article ne pourra pas traiter. Le principe est simple, posez un maximum de bonhommes, soyez majoritaires dans un grand nombre d’hexagones, et défendez-les!

Quels cubes: Vert et rouge dans l’ordre de votre choix. Vert pour conquérir, Rouge à la fois dans un but offensif et défensif (vers la fin de partie). Prévoyez un peu de Violet en plus vers la fin.

Quels pouvoirs: Guerrier est votre pouvoir le plus important, à combiner avec un peu d’Exploration et d’Attaque. Quand vous serez proche de la fin, pensez à utiliser les Forteresses pour sauver vos pions des attaques adverses.

Le Royaume Emeraude:

Description: Le Royaume Emeraude est le pendant « fin et délicat » du Duché Carmin. Sous leurs airs de ne pas y toucher, ils seront de très bons clients pour une victoire par Gemmes, surtout grâce à leur pouvoir d’ignorer les terrains spéciaux. Ils seront aussi de bons conquérants pour marquer les points correspondant aux hexagones, et pour perturber les développements adverses en fin de partie en piquant les villes. Un peu « aggro-contrôle » (pour les joueurs de Magic), en fait.

Quels cubes: Rouge! C’est l’inverse du Duché, votre déplacement ne posera que peu de problèmes, mais vous devez pouvoir faire mal une fois à destination. Pour la suite de la partie, c’est la même chose: équilibrer vos réserves de Vert et de Rouge, et ajoutez un peu de Jaune.

Quels pouvoirs: Exploration et Attaque, plus des Gemmes vers la fin de partie. La routine habituelle, quoi.

La Baronnie d’Or:

Hyperborea_illustration01Description: Ceux-là, je les aime particulièrement. Leurs deux pouvoirs sont forts et ouvrent chacun un type de victoire. Le bonus de 2PV en début de partie permet d’envisager un rush sur les Gemmes, tandis que le pouvoir de choisir une action en sacrifiant un PV, et notamment la pioche de 3 cubes (!), est une invitation à une victoire rapide par Technologies.

Quels cubes: Jaune et Bleu, dans l’ordre de votre choix selon vos priorités. Soit vous cherchez les technologies et vous profiterez du Jaune pour prendre un PV à sacrifier et jouer un « double tour » par Reset (ce qui est d’une puissance ignoble), soit vous voulez prendre un maximum de Gemmes, et les technologies qui y sont associées vous aideront à prendre tout le monde de vitesse.

Quels pouvoirs: Gemme et Technologie, là encore dans l’ordre de votre choix. Un peu de Pioche supplémentaire peut dans certains cas vous faire du bien.

Le Trône de Corail:

Description: Ceux-là sont déjà un peu plus particuliers. Pas de pouvoir puissant mais une capacité de « nettoyage de sac » qui vous donnera envie de miser sur les Technologies… Attention au pouvoir d’utiliser les cubes gris comme des cubes oranges qui me semble être un faux ami: gaver votre sac vous apportera certes beaucoup de points à la fin, mais perturbera d’autant votre développement en cours de jeu. Méfiance, donc.

Quels cubes: Bleu, et… Bleu. Blague à part, prévoyez un petit peu d’autres couleurs (Vert, Violet?) pour vous protéger et prendre quelques hexagones et gemmes, mais misez surtout sur le Bleu.

Quels pouvoirs: Technologie, évidemment. Votre objectif sera de récupérer des cartes le plus vite possible, et d’utiliser votre pouvoir de faction pour convertir les dés gris en gemmes. D’ailleurs, prenez aussi une techno de Gemme bien choisie, ça peut servir.

Le Règne Céleste:

1413553506611_37033890Description: Simples à prendre en main, mais complexes à mener à la victoire, les mages du Règle Céleste sont un peuple beaucoup plus réactif que proactif. Ils pourront piocher de nombreux dés, ou les transformer, et sont des candidats idéaux pour une victoire par Technologie. Mais la liberté de développement qu’ils offrent peut se retourner contre un joueur inexpérimenté. Mon conseil: toujours se focaliser sur l’objectif.

Quels cubes: Bleu, évidemment. Par la suite, les capacités de pioche ou de transformation peuvent aider à pallier un mauvais choix selon la situation, donc les choix se font beaucoup à la dernière minute.

Quels pouvoirs: Technologie, un peu de Pioche pour gérer convenablement les pouvoirs de la faction, et le reste est très situationnel. Laissez parler votre instinct!

Il va de soi que vous pouvez occasionnellement avoir besoin de pouvoirs non listés ici: un peuple combattant comme le Duché Carmin peut par exemple se trouver à court de Guerriers. Mais si votre partie se passe bien, vous ne devriez que rarement avoir besoin de faire appel à une Technologie Avancée spécifique pour répondre à ce besoin ponctuel.

III/ Pouvoirs spéciaux:

Je ne vais pas faire le tour de tous les pouvoirs, mais évoquer 3 pouvoirs un peu mésestimés à mes yeux. Bien utilisés, ils peuvent pourtant changer le cours du jeu.

Forteresse: En général, je vois sur mes tables l’usage d’une Forteresse un peu par défaut, comme si le joueur n’avait que ça à faire de ses cubes. En réalité, c’est une mécanique de défense très intéressante, notamment si vous visez une victoire par Propagation, car quand vous serez proche de la victoire vous deviendrez probablement une cible privilégiée pour vos adversaires. A ce moment, des Forteresses bien placées pourront sauver votre partie.

Hyperborea_illustration2Sacrifier un Cube: Les amateurs de JCC n’apprendront rien ici, mais pour les autres la notion de « nettoyage de deck » peut être un concept obscur. Retenez simplement qu’il est plus rentable de piocher mieux plutôt que de piocher plus. Si un cube ne vous est pas utile et vous ralentit dans votre développement, le sacrifier vous allégera d’autant la gestion de la partie. Une sorte de « faux inconvénient ».

Restaurer un cube: Un peu plus technique à employer, la Restauration a 3 effets positifs. Primo, elle vous permet de libérer une case d’une technologie terminée, et de réactiver cette technologie plus rapidement. Secundo, elle vous permet de remettre dans votre sac un cube d’une couleur de votre choix et de le retrouver plus rapidement aussi. Tertio, remettre un cube dans votre sac peut vous permettre d’assurer la pioche de 3 cubes en tour d’Avant-Reset, sans vous encombrer d’un cube en plus pris dans la réserve. Que demander de mieux?

IV/ Technologies Avancées:

Terminons ce long article par un petit tour des Technologies Avancées les plus intéressantes disponibles dans le jeu.

Pile 1: Il s’agit de la pile liée au Vert et au Rouge, normal donc que les deux peuples les plus agressifs soient les plus intéressés par son contenu. Le Duché Carmin notamment pourra se laisser tenter par Chariots (exploexplo) ou Caravanes (exploexploexplo), voire par Nomadisme (+1 Explo). Le Royaume Émeraude, quant à lui, soignera sa force de frappe avec Suprématie Militaire (+1 Att) et/ou Forges d’Armes (Att).

Pile 2: Jaune et Violet sont rois ici. Recrutement (+1 Guer) est un must-have pour tout peuple souhaitant jouer sur la Propagation, à qui Traités de Paix (GuerGuerothers_Guer) peut aussi donner le petit coup de boost nécessaire en fin de partie. Pour les adeptes des gemmes, Guildes Marchandes (+1 Gem) me semble être un incontournable, associé à Temples (sacr_guerGemGem) ou Comptoirs Commerciaux (GemGemothers_gem) en fin de partie.

Pile 3: Ma pile préférée, correspondant au Orange et au Bleu. C’est le paradis pour ceux qui jouent Technologie, qui chercheront rapidement Halls du Savoir (Tech). Alchimie (piocheSacr_cubeCube) est un bon truc pour les débutants, les plus expérimentés préfèreront la toute-puissance de Diplomatie (piochex3 others_pioche) (double tour, imaginez la combinaison avec le pouvoir de faction de la Baronnie d’Or). Enfin, Espionnage (espio) est un bon couteau suisse pour utiliser un pouvoir que vous auriez laissé passer, volontairement ou non.

Pile 4: La pile 4 est celle qui vous permettra d’utiliser vos cubes Gris. Pas grand-chose de merveilleux à se mettre sous la dent ici, mais Améliorations Techniques (Sacr_grisCube) devrait quand même vous intéresser. Plus techniques, Marché Noir (restau) et Contrebande (piocherestau) sont aussi très intéressants pour la capacité de Restauration (voir plus haut).

Goodies: Les p’tits gars de Marabunta ont offert aux acheteurs des cartes supplémentaires, que voici. Il est écrit « Duché Carmin » sur Long Périple (pile 1) qui vous permet de téléporter une de vos troupes sur n’importe quel hexagone. Saisie de Marchandise (pile 2), qui permet de voler une gemme à un voisin, est plus anecdotique mais peut ralentir un joueur bien parti pour une victoire aux Gemmes.

Par contre, Prosélytisme (pile 3), qui permet de remplacer un guerrier adverse par l’un des vôtres, est extrêmement puissante. Les guerriers peuvent mener une attaque surprise, les adeptes de la Propagation se défendent tout en avançant vers leur condition de victoire… Enfin, Tyrannie (pile 4) a l’air sexy avec son tas de capacités (AttexplopiocheProgGemGuer), mais son coût (4 cubes dont 3 Gris) est finalement assez prohibitif pour une capa qu’on n’utilisera que rarement à 100%.

Conclusion:

Voilà, cette analyse se termine, elle est déjà bien longue, et vous verrez en jouant que je ne fais qu’effleurer la richesse du titre. Cette analyse n’a pas vocation à décortiquer 100% des possibilités du jeu car c’est impossible. Seulement, en connaissant ces quelques points, vous serez mieux armés pour profiter de la richesse du jeu sans être bloqués par des soucis liés à un apprentissage pas forcément évident. Alors essayez de mettre tout ça en application, et au plaisir de vous retrouver à une table!





Les extensions

16 03 2015

Il y a 2 sortes de jeux de société: ceux qui ont des extensions, et ceux qui n’en ont pas. (dédicace à Usul Master). Et comme mon concept d’Openzebox implique que j’ajoute très rarement les extensions dans mes tests, je ne parle donc jamais des extensions en elles-mêmes, alors pourquoi pas se pencher sur le sujet?

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Cet article ne parlera pas d’œufs, mais d’ajouts d’éléments qui complexifient des choses simples. Comme par exemple une poire à séparer le jaune du blanc.

D’ailleurs, ça fait un moment que j’ai envie d’écrire un petit quelque chose sur l’apport (positif ou négatif) des extensions aux jeux. Alors avant de commencer, je vous rappelle un de mes crédos: « Chacun est libre d’avoir un avis différent du mien, en fonction de ce que chacun recherche dans un jeu. » Si vous avez justement un avis différent, n’hésitez pas à en parler dans les commentaires ci-dessous, ça fera vivre un peu le coin.

L’air de rien, concevoir une extension à un titre n’est pas facile. Il faut créer et ajouter de nouveaux éléments, en modifiant légèrement mais pas trop les règles initiales, pour que les joueurs trouvent de nouvelles choses sans se sentir perdus, et ce qu’on soit un acharné du titre ou un joueur plus occasionnel. Alors on trouve plusieurs philosophies:

Smallworld a depuis longtemps illustré la solution de facilité: ajouter quelques pièces (des peuples en plus) via une multitude de mini-extensions, et parfois prendre un risque en sortant des sentiers battus avec une modification du gameplay (L’île du Nécromant et son joueur seul contre tous, Contes et Légendes et ses évènements aléatoires, Leaders et ses « chefs » à protéger). Vous vous trouvez ainsi devant une sorte de jeu en kit, dont vous pouvez choisir les éléments qui vous plaisent. Carcassonne a globalement choisi le même concept, je vous le cite parce qu’on fera une comparaison entre ces deux jeux plus loin.

A l’inverse, Dungeon Lords a mis les petits plats dans les grands pour son extension Foire aux monstres. Plein de petites extensions dans une seule grosse boîte, certaines quasi-transparentes pour le gameplay, d’autres qui modifient /complexifient atrocement les règles. Foire aux Monstres est ainsi une boîte un peu bâtarde, dont certains éléments sont sympa mais qui au final ne vaut pas vraiment le coup.

Au milieu de tout ça, 7 Wonders a trouvé ce qui me semble être le rythme parfait. Des extensions de taille convenable qui rajoutent des nouvelles cartes et des règles supplémentaires, qui s’adaptent bien au système de jeu sans le dénaturer (oui, y compris Babel, n’en déplaise à certains), et apportent une bonne rejouabilité au moment où le joueur moyen peut penser avoir fait le tour des stratégies possibles.

Je glisse vite fait un mot sur le cas des extensions dans les JCC. Là la problématique est différente, il s’agit de proposer aux joueurs de nouvelles stratégies pour bâtir leurs decks, et éventuellement de rendre obsolètes les decks précédents pour vendre plus facilement les nouvelles cartes. Magic: The Gathering et sa myriade d’extensions différentes en est l’exemple le plus frappant, mais n’importe quel jeu de cartes fonctionne sur ce principe.

Je reviens sur Dungeon Lords, car Foire aux Monstres est à elle seule une bonne introduction à ce qui va suivre. En effet, cette boîte, en rajoutant des modifications de plateau au hasard, une enchère pour les plateaux, des paladins en plus (je n’ai toujours pas vraiment compris comment on les distribue et à qui), des animaux de compagnie, etc., illustre magnifiquement le principal souci que je trouve à beaucoup d’extensions: la différence entre « enrichir un jeu » et « compliquer un jeu ».

Dans l’idéal, un jeu doit se trouver enrichi par une extension. Les Leaders de 7 Wonders, les salles supplémentaires et les pouvoirs spéciaux de Room 25 Saison 2, les extensions de Seasons (dont j’ai oublié les noms) sont de parfaits exemples d’ajouts en termes de stratégie et/ou de fun, qui pour autant ne changent pas le point de vue sur le jeu. Mais parfois ça va trop loin. L’accumulation de petits points de règles supplémentaires conduit à l’indigestion, on finit par lâcher prise.

Je vous ai promis une comparaison entre Smallworld et Carcassonne, c’est parti. Voici 2 jeux qui fonctionnent exclusivement par mini-extensions. Le 1er cité parvient à conserver un niveau de simplicité constant (à part peut-être pour L’île du Nécromant, qui n’est jamais ressortie de la boîte après test): les peuples s’intègrent dans les règles sans besoin de modifier ces dernières, et les autres mini-extensions ont une influence mineure sur le gameplay (seule la stratégie évolue) et donc sur l’apprentissage.

En revanche, Carcassonne… C’est bien simple, chacune des [insérez nombre ici] mini-extensions (je crois qu’on en est à 8, environ) ajoute en plus des terrains supplémentaires 1 ou 2 nouvelles pièces qui se jouent d’une façon différente de ce que vous avez connu avant. Donc si vous suivez le jeu au fur et à mesure, avec des parties régulières, vous avez le temps de vous habituer aux pièces et vous êtes prêt(e) à accueillir et intégrer les nouveautés au fil du temps. Par contre si vous avez la malchance d’être un joueur occasionnel ou un nouveau joueur, et que vous vous trouvez d’un seul coup devant le jeu complet, vous recevez une sorte de carambolage de concepts en pleine tronche qui vous laisse sous la table en position fœtale. Ou alors vous zappez une grosse moitié du truc et vous jouez avec 25% des possibilités du titre.

C’est un peu le souci qu’ont certaines personnes avec Babel pour 7 Wonders, par ailleurs, cette accumulation de petites règles en plus qui fait qu’on lâche le fil et qu’on décide finalement de jouer « à l’aveugle » en se disant qu’on comprendra au fil de la partie et qu’on pourra alors redresser la situation (chose généralement impossible dans ce jeu). D’où l’utilité pour les initiations (ou les parties avec ceux qui n’ont pas joué depuis longtemps) de toujours commencer par la simplicité, et de complexifier graduellement.

Je termine avec un concept à la fois proche et éloigné des extensions: les jeux qui disposent dès le début de modes débutant /avancé /expert (le mode expert est en option), comme Through the Ages, par exemple. Je n’arrive pas à voir ça autrement qu’un aveu de faiblesse du game designer. Dans la plupart des cas, le jeu a été conçu en mode Expert, puis des versions plus simples ont vu le jour et ont été intégrées pour permettre aux joueurs d’appréhender le jeu par petites touches.

Alors quand on veut voir le verre à moitié plein, ça rejoint ce que je disais il y a 2 paragraphes: on commence par la simplicité et on complexifie graduellement. Sinon on peut aussi voir le jeu comme une usine à gaz tellement imbuvable et dénuée de sens que les parties test lancées sans la présence de l’auteur, avec les seules règles pour que les joueurs s’y retrouvent, ont été catastrophiques, et que donc il a fallu implémenter des « jeux intermédiaires » pour amener les gens à comprendre graduellement ce qu’on attend d’eux. Question de philosophie.