Exodus

9 04 2018

Ça faisait un moment que je lorgnais sur ce « Seeders from Sereis, Épisode 1: Exodus » (ou plus simplement « Exodus »). De ce que j’en avais vu, ça ressemblait à un jeu de gestion finalement assez classique mais avec quelques mécaniques intéressantes et une dimension « construction d’usine à points » simple à mettre en œuvre, qui me plaisait beaucoup. J’ai enfin eu l’occasion de tester le jeu, et il dispose d’une composante à laquelle je ne m’attendais pas: la méchanceté. Passez votre chemin vous qui avez des amis, et pour les autres, décortiquons tout ça.

Boîte

Cela fait 1500 ans que l’Humanité a quitté la Terre. 1500 ans qu’elle a voyagé de système en système, établissant un véritable empire galactique. Mais aujourd’hui un mal étrange ronge certaines planètes. Quel est ce mal? Comment l’arrêter? On s’en fout. Vous, votre but, c’est de remporter le contrat de construction des flottes d’évacuation à la barbe de vos concurrents.

Pour ce faire, nous ouvrons la boîte. Et déplions un grand plateau de jeu… qui émet de jolis « crac » au premier dépliage. Ce « crac » à l’ouverture est peut-être une garantie fraîcheur. En tout cas je me retrouve avant même de jouer avec un plateau un peu déchiré aux plis, comme s’il avait déjà plusieurs parties à son actif. Mais je chipote car en dehors de ça, il faut reconnaître une chose: putain, qu’est-ce que le jeu est beau.

Négociation

jeuLes quelques 200 cartes déjà, carrées, lisibles, belles, et avec une finition brillante sélective qui met en valeur les principaux éléments. Les plateaux des joueurs sont creusés pour accueillir divers pions. Les pions carrés qui s’enchâssent dans ces plateaux, justement, ont été imprimés sur un carton double épaisseur pour être facilement déplacés/retirés. Les autres jetons cartonnés et autres cubes ou gemmes en plastique, plus neutres, restent jolis à voir (au détriment de la lisibilité parfois, hélas) mais sans plus. Et puis, il y a les jetons de négociateurs.

Alors pour le coup, c’est pas une question rhétorique, je souhaite vraiment savoir: que s’est-il passé? Quelle est la cause de cet accident? Au milieu de tout ce matériel presque luxueux, les pions que les joueurs auront le plus dans les mains, l’élément central du jeu, sont des disques d’un plastique moche, désagréable au toucher, d’apparence très cheap, sur lesquels vous collerez des autocollants de qualité discutable figurant les logos des diverses factions du jeu. Là où des pions en carton double épaisseur représentant les divers négociants auraient fait merveille, je suis plutôt déçu par ce choix de matériel.

Au passage, ce n’est pas le seul point discutable concernant la finition du titre. Genre, y’a un infime détail qui manque dans les règles du jeu (j’ai vérifié 4 fois): comment on gagne? Bon, on a rapidement déduit qu’il fallait avoir plus de points que les autres, mais ça ferait plus sérieux de l’écrire. Et en profiter pour indiquer comment on départage les égalités, par exemple. Donc, pour la suite, admettons que l’objectif du jeu soit d’amasser plus de Points de Prestige que vos adversaires. Oui, c’est bien de « Prestige » qu’il faut faire preuve dans ce jeu. Peut-être que votre convoi humanitaire sera composé d’un WC public et d’un bar à putes, mais s’il s’agit des putes les plus prestigieuses de l’univers, ça passe.

Assassinat

illuPour ce faire, on va jouer pendant 4 tours découpés en 5 phases: Mise en place du tour, Petit draft histoire d’être sûr que tout le monde ait des cartes à jouer ensuite, Placement des négociateurs sur le plateau et récolte des cartes bonus, Jeu des cartes nouvellement acquises et utilisation de leurs capacités, et enfin Marquage de points. Et c’est durant les 3ème et 4ème phase que le jeu va prendre tout son sel. Car ce sont ces phases qui mettent en avant un élément finalement assez peu présent dans les jeux de gestion: l’interaction.

Et là je ne parle pas de tractations commerciales gentillettes ou d’un placement de pion gênant pour un voisin, non: Exodus, c’est la guerre. Une guerre feutrée, secrète, mais une vraie guerre. Dès la phase de négociation, vous passerez du temps à tenter de deviner les intentions de vos adversaires pour envoyer vos négociants aux bons endroits pour leur couper l’herbe sous le pied. Et lors de la phase de pose des cartes, tout y passe: meurtres, emprisonnements abusifs, épidémies, sabotage de vaisseaux… Tout sera bon pour reléguer vos adversaires à l’état de faire-valoir et les empêcher de mettre en place une combo efficace pour marquer des points.

Exodus est un très bon jeu, mais pas adapté à tout le monde. Il faut non seulement apprécier les gros jeu de gestion « à l’allemande » pour en supporter le rythme assez lent et parfois haché, mais aussi être d’un naturel calme et bon perdant pour encaisser les attaques de vos adversaires sans balancer le jeu par la fenêtre. Si vous réunissez ces deux traits de caractère, foncez, ce jeu mérite vraiment le détour.

SEEDERS FROM SEREIS, EP. 1: EXODUS

Apparence: 14/20

De très bonnes choses (l’apparence des cartes, les jetons) et d’autres choix beaucoup moins heureux (les jetons de négociateurs, le plateau) forment un jeu au design globalement joli mais d’une qualité un peu juste. Dommage.

Simplicité: 11/20

Il faut bien un tour de jeu avant de bien cerner les possibilités offertes lors des différentes phases. Après, ça va mieux, mais Exodus reste un titre complexe.

Fluidité: 13/20

Une fluidité en dents de scie, entre la phase de pose des négociateurs qui coule toute seule, et la phase de pose de ses cartes, joueur par joueur, qui coupe net le flow de la partie.

Immersion: 16/20

Entre l’optimisation de son arche, la réaction aux agressions adverses, et la préparation de ses propres coups de pute, l’immersion est totale.

Fun: 14/20

Mauvais perdants s’abstenir. Pour les autres, les rebondissements en cours de partie et le besoin de s’adapter en permanence permettent de ne pas s’ennuyer.

Clarté des règles: 10/20

Alors, c’est pas vraiment qu’elles ne sont pas claires, ces règles… mais les éléments parfois désordonnés et l’absence dans le livret d’un chapitre clair décrivant la façon de définir le vainqueur plombent la note.

Accomplissement personnel: 17/20

Quand on a traversé toutes les embûches posées par nos adversaires pour s’affirmer comme le meilleur fabricant d’Arches de l’Univers, on a de quoi être fier de soi.

NOTE FINALE: 14/20

Malgré quelques défauts techniques (soucis de règles, choix de matériel étranges), Exodus est un très bon jeu de gestion et de stratégie, mais un jeu qui ne plaira pas à tout le monde. Si vous avez du mal à supporter les manigances et coups bas entre joueurs, et les jeux où le nivellement du score se fait par le bas, passez votre chemin. Dans le cas contraire, alors Exodus est un titre qui mérite votre attention, un de ces rares jeux de gestion qui n’oublie pas d’encourager les interactions entre les joueurs, aussi destructrices soient-elles.

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Le 7ème Continent

25 03 2018

Connaissez-vous le Biais Cognitif? Il s’agit d’un mécanisme mental qui se met en branle quand votre cerveau se trouve face à une situation qui va à l’encontre de ce que vous croyez. Ce sont des biais cognitifs de penser que le produit le plus cher doit nécessairement être le meilleur, que quand on accepte un travail moins payé on doit forcément y être plus épanoui, etc. Par exemple, il serait impensable qu’un jeu de société qui se vend 80€ (hors spéculation) sur Internet soit mauvais! … hein, que c’est pas possible?

BoiteBon, pour ceux qui n’auraient pas cerné l’ironie dans ma question rhétorique précédente, si, c’est possible, et j’ai de nouveau pu le constater dans la douleur avec Le 7ème Continent, le (presque) seul point positif de cette expérience étant que je n’ai pas acheté la boîte moi-même. Bon, allez, y’a d’autres atouts: du genre, bah au moins la boîte est jolie. Et bien optimisée pour le matériel contenu, l’impression de « boîte pleine » est là, et c’est chouette.

Et de quoi cette boîte est-elle pleine? Majoritairement de cartes. Pas loin de 1000 cartes, de bonne facture et de divers types: aventures, brouillard, capacités, personnages. On ajoute à ça 8 dés à 6 faces tout ce qu’il y a de plus classique, 7 pions en carton portant les visages des personnages, 11 silhouettes cartonnées représentant ces mêmes personnages ainsi que 4 feux de bois, et ce que je m’amuse à appeler la « crowdfunding touch »: des figurines.

Car (évidemment) Le 7ème Continent a pu se concrétiser par le biais d’une campagne de financement participatif, et (comme d’habitude) les financeurs ont été appâtés par des figurines en plastique à montrer sur les visuels du jeu. Vous disposez donc de 11 figurines représentant… les personnages et les feux de bois. Oui, il faut le voir pour y croire, mais les figurines en plastique ne sont que des redites des silhouettes en carton, n’ont pas d’effet spécifique en jeu, et n’apportent rien de plus que leur grise présence. Premier haussement de sourcil.

Exploration

Et donc, quel est le propos? Chaque joueur incarne un… euh, non. Chaque joueur incarne lui-même qui pose des cartes et bouge des pions. Le jeu voulait nous mettre dans la peau d’aventuriers qui cherchent à lever une étrange malédiction qui pèse sur leurs épaules depuis leur exploration du mystérieux « 7ème continent », mais puisque le titre a la glorieuse idée de briser le 4ème mur en inscrivant des indices directement sur la carte du continent comme s’ils étaient tracés en chiffres gigantesques dans le gazon, l’immersion s’écrase avec pertes et fracas dès le tutoriel.

Tiens, parlons-en, de ce continent mystérieux. Il est apparemment situé près de l’antarctique. Il est donc cohérent que les teintes ne soient pas très vives, comme un décor couvert de nuages. Mais cohérent, hélas, ne signifie pas agréable à l’œil. C’est plutôt sombre, terne, ça ne donne pas envie de s’y intéresser. Remercions toutefois les auteurs d’avoir tant privilégié le réalisme visuel dans un titre dont le propos est de briser un sortilège de magie noire sur une terre inexistante.

JeuLe principe de base est simple: sur chaque carte se trouvent des logos d’Actions, suivis d’indications sur le nombre de cartes à piocher et le nombre de succès à obtenir sur lesdites cartes. Pour assurer la progression, il est possible de piocher plus de cartes qu’indiqué afin de maximiser les chances de réussite, mais attention: la pioche représente la santé des aventuriers. Quand on a fini la pioche, on attaque la défausse, et si on pioche une malédiction depuis cette défausse, c’est la fin de la partie.

Naufrage

Les actions ont généralement des cadres de résultat (blancs pour les réussites, noirs pour les échecs) qui indiquent quoi faire suivant le résultat des aventuriers: révéler une nouvelle carte, récupérer de la nourriture, subir un handicap, etc. C’est simple. Sauf que plein de petites choses viennent parasiter cette bonne idée jusqu’à la rendre à la limite du supportable.

Par exemple, pourquoi laisser tant de place au hasard dans le déroulement des actions? Impossible de savoir quelles valeurs on va piocher, on ne peut s’en remettre qu’à des probabilités pour s’en sortir, et nos objets n’ont généralement qu’une influence marginale sur le déroulement des opérations. Aussi, pourquoi existe-t-il TRENTE actions différentes, certaines tenant plus de la mauvaise foi que de la distinction de talent (regarder un endroit / regarder un objet), ce qui a pour effet de rendre la plupart des bonus en jeu anecdotiques tant on ne sait jamais ce qui va bien pouvoir servir?

Pourquoi faire choisir aux joueurs des personnages et leur faire miroiter l’importance de leur choix si leurs cartes sont finalement mélangées dans le deck central et accessible à tous sans restriction, privant chaque joueur de toute personnalité en jeu? Pourquoi avoir fait des quêtes aussi longues et dirigistes avec un système de réussite aussi bancal? On ne progresse que par le bon vouloir de la pioche, et si on doit refaire la quête suite à un manque de chance tout est désespérément figé et ne procure plus le moindre plaisir de découverte jusqu’à notre point de décès, souvent au bout de plusieurs heures de jeu.

Malédiction

Tant que j’y suis, pourquoi avoir utilisé les cartes Aventure numérotées comme un grand fourre-tout de lieux, d’évènements et d’objets, au point de rendre quasiment insupportable la moindre plongée dans cette maudite boîte pleine de cartes pour y trouver le bout de carton portant le bon numéro? Des fonds différents pour terrains/évènements/trésors c’était trop compliqué?

Bref, je n’attendais rien du 7ème Continent et il a réussi avec brio à me décevoir. Je n’ai pas vu les heures passer mais j’ai conscience de les avoir perdues. Perdues à faire semblant de prendre des décisions dans un titre plat, rejeton bâtard du jeu de plateau et des Livres dont vous êtes le Héros, qui échoue lamentablement à nous transmettre le plaisir et les émotions de ses deux parents. Un titre qui ne vaut certainement pas ses 80€, et que je ne vous conseille même pas à un tarif plus raisonnable.

LE 7EME CONTINENT

Apparence: 14/20

C’est la définition de « moyen ». Pas moche mais pas beau non plus, assez lisible mais parfois plus compliqué, assez coloré mais un peu terne…

Simplicité: 8/20

Le déroulement d’un tour est simple à comprendre et appliquer. Mais déterminer quoi faire ou non est très compliqué.

Fluidité: 11/20

J’ai hésité à la noter, vu que le principe est d’arrêter régulièrement l’action pour se mettre d’accord sur la suite des évènements. Mais même en tenant compte de ça, le jeu ne donne pas assez de certitudes sur ce qu’il faut accomplir pour mener une réflexion efficace.

Immersion: 6/20

Il paraît qu’il y a une dimension « jeu de rôle » dans ce titre. C’est sûrement la 4ème dimension, celle qu’on ne peut pas percevoir.

Fun: 6/20

Les situations se répètent sans variation durant de longues heures, les « différentes » actions se gèrent toutes de la même manière, et on s’ennuie ferme.

Clarté des règles: 8/20

C’est bien ordonné, mais on finit la lecture avec parfois plus de questions qu’on l’a commencée.

Accomplissement personnel: 12/20

On peut être fier de compléter une quête, mais certainement pas de la manière d’y parvenir tant le hasard est omniprésent dans le jeu. Et omniprésent au mauvais endroit.

NOTE FINALE: 9/20

Je choisis de croire en la bonne foi des concepteurs du titre et en leur volonté de sortir le meilleur jeu possible. A ce titre je m’abstiendrai de qualifier Le 7ème Continent d’escroquerie. Ce n’est qu’un titre raté, une accumulation de mauvais choix qui pourrit l’expérience de jeu. Il a uniquement pour lui de défricher un nouveau genre, et donc d’en essuyer les plâtres. Je ne l’aurais déjà pas conseillé à 40€, alors au double de ce tarif c’est carrément une offre à fuir.





Bunny Kingdom

6 11 2017

BoîteUne règle de vie à retenir: ne vous fiez jamais à votre seule première impression en termes de jeu de société. Testez d’abord, jugez ensuite. Par exemple, Bunny Kingdom ne m’attirait pas vraiment quand j’en ai vu des vidéos explicatives sur Trictrac, ça me semblait plutôt fouillis et pas très intéressant. Et puis j’ai testé. Et je ne le regrette pas.

Ils vous ont tous bernés. Ils vous ont fait croire à leur douce innocence, à leur caractère tranquille et à leur amour du grignotage paisible. Mais en réalité, les lapins sont de grands conquérants, des explorateurs qui ont pour seul but de prendre possession des terres et d’en tirer un maximum de prestige. Bunny Kingdom vous place à la tête d’un de ces clans lapinesques. Augmentez votre territoire, développez vos cités, et remplissez vos objectifs secrets pour atteindre la victoire.

Lapin

Mais avant tout cela, il faut ouvrir la boîte. On y trouve un plateau de jeu (non modulable), pleiiiin de petits lapins en plastique, de 4 couleurs (une par joueur), des cités en plastique de 3 tailles, des jetons triangulaires en carton imprimé, une règle du jeu et, last but not least, un gros paquet de cartes. Paquet qui sera à la base du gameplay puisqu’on a affaire ici à un jeu de draft.

jeu

L’ensemble est assez joli. Les cités font peut-être un peu trop « brut de décoffrage » par rapport à la finesse du reste du matériel, en revanche les petits lapins sont très mignons, et les illustrations (plateau et jetons en carton) cumulent beauté et lisibilité, pour notre plus grand bonheur. Heureusement d’ailleurs que la lisibilité est présente en début de partie car les choses se compliquent un peu par la suite, mais nous y reviendrons.

Et donc, quel est le but du jeu? Il s’agit, pour remporter la partie, de marquer un maximum de points, points qu’on obtient en remplissant des objectifs secrets qu’on obtient au fil du jeu, mais surtout en bâtissant de bons Fiefs. Un Fief est un ensemble de cases adjacentes contenant chacune un de vos lapins. Sur certaines cases se trouveront des villes comportant entre une et trois tours, sur d’autres seront affichées des ressources (bois, carottes, poissons…). La valeur d’un Fief est égale au produit du nombre de ressources différentes qui s’y trouvent par le nombre de tours qui y ont été construites.

Carotte

Et comment occupe-t-on ces Fiefs? C’est là que la partie « draft » entre en jeu. Bunny Kingdom se joue en 4 tours. A chacun de ces tours, les joueurs reçoivent 10 cartes. Ils en conservent 2, et passent le reste à leur voisin. Quand tout le monde a choisi ses cartes, on les révèle (ou pas) et applique les effets. Ceci fait, on reprend le paquet donné par notre autre voisin, on choisit de nouveau 2 cartes, et ainsi de suite.

cartes

Les cartes « parchemin » sont conservées face cachée et donneront des points plus tard. Les cartes « amélioration » sont placées devant le joueur avec les jetons (ou villes) auquel elles donnent droit. Et enfin, les cartes « coordonnées » sont utilisées pour placer vos lapins sur le plateau, sur la case à la croisée de la ligne et la colonne que leur texte désigne. (A3, D5, et ainsi de suite).

Une fois que chaque joueur a joué 10 cartes, on passe à la phase de Construction. C’est là que les joueurs vont pouvoir placer sur le terrain les pions donnés par les cartes « améliorations » qu’ils ont prises lors des drafts précédents. Puis on compte les points que les Fiefs attribuent à chaque joueur, et c’est la fin du tour. C’est là le seul point un peu compliqué, car compter les points des fiefs sans oublier une case dans le fouillis de cette propagation de lapins peut très vite se montrer assez compliqué.

On répète ceci quatre fois, puis on révèle ses parchemins secrets pour marquer les derniers points bonus, et on découvre alors qui remporte la partie. Et après ça, on en ferait bien une deuxième, ou plus. Car Bunny Kingdom captive. Très simple à prendre en main, fluide par sa mécanique de draft et plaisant à l’œil, ce titre a tout pour devenir un incontournable, au même titre qu’un 7 Wonders ou un Five Tribes (pour ne citer qu’eux). Foncez les yeux fermés.

BUNNY KINGDOM

Apparence: 15/20

Les pièces sont mignonnes et lisibles, les illustrations plutôt jolies, l’ensemble est efficace et très agréable.

Simplicité: 14/20

Les phases de jeu en elles-mêmes se suivent bien, par contre le comptage de points nécessite un poil plus d’efforts.

Fluidité: 16/20

Le système de draft et la simplicité des actions induit une fluidité excellente, peut-être la meilleure que j’ai vu jusqu’à présent sur un jeu de ce type.

Immersion: 16/20

Et quand un jeu est beau, intéressant à jouer, et fluide, l’immersion est évidemment de la partie. On ne décolle pas de la table avant la fin.

Fun: 16/20

Entre accroche visuelle, fluidité du système et intérêt tactique, le plaisir de jeu est total.

Clarté des règles: 14/20

Bien aidé par la simplicité des règles, le livret est clair, et facile à comprendre.

Accomplissement personnel: 15/20

Un jeu vraiment tactique et à ne pas sous-estimer, on accorde vraiment de l’importance au score final en fin de partie.

NOTE FINALE: 15,5/20

Je ne savais pas trop quoi penser la première fois que j’ai entendu parler de ce jeu, les quelques infos que j’avais vues dessus me donnaient l’impression d’un jeu assez lourd pour peu de chose. Et c’est exactement le contraire. Bunny Kingdom est une réussite totale, du niveau de qualité d’un 7 Wonders. Joli, simple, fluide et diablement stratégique, vous serez rapidement happés par cette conquête cunicole. Testez-le, c’est un ordre.





Blood Rage

14 07 2017

Pour les gens qui me suivent sur Facebook: je sais, je vous avais promis un article élogieux sur un jeu testé récemment. Mais avant ça, j’avais envie de vous parler d’un sujet sur lequel je réfléchis depuis quelques semaines: peut-on parler de rentabilité pour juger un loisir exclusivement ludique? Éléments de réflexion ci-dessous, avec l’exemple de Blood Rage.

boîteLa question, au premier abord, semble stupide. Évidemment que la question de la rentabilité est caduque dès lors qu’on parle d’une activité n’amenant rien de comparable aux moyens mis en œuvre. « On n’additionne pas des pommes et des oranges » nous enseignait-on à l’école, « on ne compare pas de l’argent et du plaisir » en est une variation. Sauf qu’en réalité, on s’habitue à ce qu’une facture plus élevée s’accompagne d’une prestation de meilleure qualité, et une très bonne expérience ludique peut être ternie dans notre esprit par la connaissance du tarif du jeu s’il semble exagéré.

C’est un peu ce que je ressens avec Blood Rage, qui « souffre » de ce que j’appelle le « syndrome Kickstarter ». Il a en effet été concrétisé grâce à cette plateforme de financement participatif. Mais pour sortir du lot sur Kickstarter, impossible de faire tester les gens et de compter sur leurs bonnes impressions, il faut que la claque visuelle soit immédiate. Et à de trop rares exceptions près (dont Light Hunters que j’attends de pied ferme), la claque passe le plus souvent par des figurines certes classes et de bonne facture, mais qui justement vont avoir une fâcheuse tendance à la faire sacrément gonfler, la facture.

Cette augmentation de tarif fait parfois passer le jeu au-delà du point où le joueur a l’impression en sortie de table d’en avoir eu pour son argent, et où il regrette que ces figurines n’aient pas été un peu moins belles pour avoir un jeu moins cher. Tout en ayant en tête que si le jeu avait eu de moins belles figurines, il n’aurait pas percé sur Internet et n’aurait pas pu exister faute de financement. Et c’est ainsi que Blood Rage se trouve vendu aux environs de 80€ alors qu’il aurait pu être un excellent titre à 40€ avec un matériel plus optimisé. C’est cruel, hein?

Ragnarok

« Cruel » définit également bien le pitch de Blood Rage (quand on s’appelle « rage de sang », en même temps…). Les vikings sont en ébullition (métaphoriquement). Le Ragnarok, le temps de l’apocalypse, est arrivé. La lutte des Hommes et des Dieux plonge le monde dans le chaos, détruisant peu à peu la surface de la planète. N’importe quel homme se cacherait, terrifié, priant pour son salut. Mais les Vikings ne sont pas n’importe quel homme.

Chaque joueur va contrôler un clan viking et tenter de lui faire gagner un maximum de gloire en cette période trouble. En remportant de brillantes batailles, en s’enrichissant par le pillage, ou en mourant héroïquement (!), les vikings rapporteront des Points de Gloire à leur clan, points qu’il faudra avoir en plus grande quantité que les autres joueurs pour remporter la partie.

Et pour ce faire, on ouvre tout d’abord la boîte. Qui contient de plus petites boîtes, qui contiennent les figurines. Comme prévu, elles sont plutôt très jolies. Détaillées, bien différenciées, elles donnent d’entrée envie de jouer avec. Ajoutez à ces figurines plein de socles aux couleurs des joueurs, un plateau de jeu, la règle, des cartes, des plateaux de clan, et 2-3 jetons histoire de dire. Le carton fait globalement pâle figure devant les figurines mais le plateau central, figurant la carte des territoires vikings, est plutôt joli.

jeuValhalla

Le jeu se sépare en 3 âges. Au début de chaque âge a lieu un draft (une distribution par choix successifs) de cartes entre les joueurs. Il existe des cartes Quête, à jouer durant son tour pour tenter de marquer des points bonus en fin d’âge, des cartes servant à améliorer son clan ou ses unités, et des cartes utilisées en combat. Quand chacun s’est fait une main de cartes, on passe aux actions.

Chaque joueur dispose d’un certain nombre de points d’actions. Créer des unités, les déplacer, jouer des cartes, engager des combats… coûtent des actions. Chacun effectue une action (s’il lui reste des points à dépenser) et passe la main au suivant, jusqu’à ce que chaque joueur ait dépensé tous ses points. On défausse alors ses cartes non utilisées, on vérifie si on a rempli des quêtes, et le Ragnarok consume une région qui devient inaccessible (c’est impressionnant dit comme ça, mais l’impact en jeu est minime). Puis on débute un nouvel âge, jusqu’à la fin du 3ème.

Le jeu est un peu confus dans les 1ers tours mais se prend vite en main, grâce à un système simple offrant de vrais choix de stratégies sans perdre les joueurs dans un amas de trucs inutiles. De manière générale, en termes de pur plaisir ludique, le jeu est excellent. Pourtant je peine à le conseiller, la faute à ce souci de prix qui, s’il colle bien avec la qualité du matériel, ne cadre pas avec la profondeur et l’ambition du système de règles, qui sont celles d’un jeu de stratégie habituellement vendu moitié moins cher. A chacun de se faire son opinion sur la nécessité de l’investissement.

BLOOD RAGE

Apparence: 18/20

Puisque c’est à la fois sa plus grande qualité et son plus grand défaut, reconnaissons-le: ce jeu est magnifique. Les figurines sont fines, jolies, les illustrations sont très sympathiques, et l’ambiance nordique est parfaitement retranscrite. De la belle ouvrage.

Simplicité: 14/20

La gestion des points d’action est simple à comprendre, les actions sont assez nombreuses pour proposer un vrai choix tactique mais ne perdent jamais le joueur dans un surplus de possibilités.

Fluidité: 13/20

Chaque décision doit être bien réfléchie, ce qui cause parfois des ralentissements dans la fluidité des tours. Mais ça reste acceptable.

Immersion: 15/20

Une fois sa stratégie choisie et sa machine à points lancée, difficile de décoller du jeu avant son dénouement.

Fun: 12/20

Bon, c’est de la stratégie sérieuse, hein… Les esprits les plus tordus s’amuseront de pouvoir disputer la victoire par le suicide, les autres montreront moins de joie de vivre (enfin, de mourir).

Clarté des règles: 14/20

Le livret est plutôt lisible et contient assez d’exemples pour ne pas trop se sentir perdu. Mais comme dans tous les jeux de ce style, le premier contact avec les règles est toujours difficile à digérer.

Accomplissement personnel: 17/20

La quête d’honneur des vikings déteint bien sur les joueurs, qui mettront un point d’honneur à se couvrir davantage de gloire que leurs voisins.

NOTE FINALE: 15.5/20

Notez encore une fois que cette note ne tient compte que de la partie elle-même. Blood Rage est un très bon jeu, qui propose des parties plutôt ouvertes et un système de jeu plaisant, couplés à une direction artistique sans faille qui contribuera à largement vous immerger dans l’ambiance particulière de ce jeu apocalyptique. Reste bien sûr le problème du tarif évoqué au-dessus. Si la partie seule vaut bien 15,5, je pense que Blood Rage est vendu trop cher pour ce qu’il procure en termes de plaisir de jeu. Testez-le chez quelqu’un avant de craquer.





Malédiction!

9 05 2017

BoîteMalédiction me rappelle 2 points que d’anciens tests m’ont déjà permis de soulever: le jeu qui fait peur quand on l’explique mais qui en fait est bien (Shadow Hunters), et le jeu dont la mécanique est irréprochable mais qui oublie l’importance des émotions (Mysterium). Ça risque d’être un peu le bordel pour tout exprimer clairement dans ce test…

Malédiction! date de 2008, et c’est un jeu allemand édité par une société canadienne. Étant un jeu allemand, son éditeur a jugé bon de le faire ressembler à un jeu de n’importe quel autre pays sorti dans les années 90. Pour le coup je ne peux pas précisément juger l’ouverture de boîte, celle-ci ayant été remplacée par des assemblages de papier qui prennent moins de place, et le livret de règle étant absent, remplacé par la mémoire du propriétaire (sic).

Par contre les cartes sont présentes. Des cartes moches, avec des illustrations sorties du fond des âges représentant divers personnages tous plus inquiétants les uns que les autres. Attention, je n’ai pas dit « effrayants », mais « inquiétants » : ils ne font pas peur, on se fait juste du souci pour eux, on se demande s’il existe des structures adaptées à les accueillir, tout ça. Toutefois, reconnaissons au matériel une bonne lisibilité. Les cartes sont en outre accompagnées de jetons « Or » en carton, et de jetons « Ingrédient » en bois, aux couleurs bien différenciées (sauf peut-être pour les daltoniens).

Potion.

Chaque joueur se trouve donc avec 12 de ces cartes (tout le monde a les mêmes), chacune présentant un personnage disposant d’un pouvoir principal et d’un autre, disons « de secours ». Au début de chaque manche, chaque joueur choisit secrètement 5 cartes dans ce paquet pour former sa main, puis le 1er joueur pose un personnage de son choix sur la table. A tour de rôle, chaque joueur ayant ce personnage en main devra le jouer mais aura un choix.

Soit le joueur décide de s’attribuer le rôle du personnage, et le joueur qui a précédemment joué la carte perd son tour, soit le joueur décide d’employer le pouvoir de secours du personnage. Il applique immédiatement l’effet, qui est certes moins puissant mais qui ne peut pas être annulé. A la fin du tour de table, le joueur qui dispose encore du rôle choisi applique son pouvoir principal, puis rejoue une carte, etc.

Cartes

Herbe.

Et tout ça pour quoi? Au centre de la table se trouvent des potions, de plus en plus chères à concocter en termes d’ingrédients. Les joueurs vont donc devoir amasser des ressources pour fabriquer ces potions qui leur apporteront des points en fin de partie. A la fin de ces explications, je n’avais totalement pas envie de jouer à Malédiction!. On m’avait expliqué tellement de moyens de passer ou perdre son tour que je m’imaginais déjà écrire ici à quel point ce titre était pire que les jeux de « pioche-passe » que je déteste tant.

Heureusement, les tours sont tellement rapides que la frustration n’a pas le temps de s’installer, et on réussit (presque) toujours à faire de ses cartes quelque chose qui nous avantage pour aller chercher quelques points de plus. Alors, c’est un bon jeu? Euh… c’est une bonne mécanique. Car si le jeu se révèle assez dynamique et profond pour vous coller à la table, il y manque ce quelque chose qui vous chatouille les émotions et qui vous colle l’expérience ludique à l’esprit.

Au final Malédiction! fait partie de ces titres un peu frustrants à juger, très bons dans leur mécanique mais qui au final ne sont que ça, une mécanique. Ce jeu me rappelle certains horlogers des siècles passés, qui cherchaient à susciter des émotions par la fabrication de leurs automates. Il existe encore aujourd’hui des concepteurs de jeux qui poursuivent cette quête.

MALÉDICTION!

Apparence: 12/20

C’est… austère, voire même caricaturalement teuton. Les teintes sont moches, les images sont moches, mais reconnaissons au titre une lisibilité parfaite.

Simplicité: 16/20

La mécanique se comprend très vite pour laisser la place à la psychologie et la lecture des intentions de chacun.

Fluidité: 15/20

Les actions de chaque joueur sont très rapides, les tours de tables courts, on passe peu de temps entre chaque action.

Immersion: 14/20

Le besoin de suivre les déclarations de chacun tout en élaborant sa stratégie maintient efficacement dans le jeu, on évite tout sentiment d’ennui.

Fun: 11/20

L’autre point « caricature allemande » du titre. C’est prenant, d’accord, mais paradoxalement pas tellement amusant, en fait.

Clarté des règles: 14/20

Pas vu le livret, mais bonne retranscription orale.

Accomplissement personnel: 14/20

Une note un peu par défaut, parce que d’un côté la victoire se construit et se mérite, et d’un autre côté on n’a rien à foutre de son résultat en sortie de table.

NOTE FINALE: 14/20

En écoutant les explications, j’ai voulu mettre 8/20 à ce jeu. Sa mécanique seule vaut facilement 16/20. Finalement ça sera un 14. Parce que le jeu est infiniment plus ouvert et moins frustrant que ce que je m’imaginais, mais aussi parce qu’il ne procure rien au-delà de l’exploitation de sa mécanique qui donne envie de se rappeler du jeu. Un bon système de jeu à tester une fois, pas nécessairement à acheter.





Blanc-Manger Coco

27 03 2017

Comme promis dans mon test de Kalifiko, voici à présent celui de Blanc-Manger Coco. Un jeu qui me pose tellement de problèmes qu’il sera à deux visages: l’objectivité sera de mise dans le cadre de notation en bas d’article, tandis qu’un avis purement subjectif servira de trame au texte explicatif. La différence entre les deux risque de vous surprendre.

boîteJe dois vous faire une confession: j’aime pas trop Jean-Marie Bigard. Il y a bien sur quelques sketchs intéressants dans son répertoire comme la Valise RTL ou la Chauve-souris enragée, mais quand il part dans l’humour graveleux bas de gamme je zappe. J’ai jamais regardé American Pie non plus, ni la plupart des comédies pour ados de même calibre.

Oui, il m’arrive de placer des expressions comme « dtc » (dans ton cul) ou « cmb » (comme ma bite), mais je les considère moins comme des grivoiseries lambda que comme des marqueurs sociaux, des éléments que les adeptes de mèmes internet seront à même de reconnaître pour mieux m’identifier comme un des leurs. Et quand je ris de « métaphores », je n’ai pas besoin pour m’amuser qu’un lourdaud vienne me dire « c’est drôle parce que ‘sa pizza’ en fait ça veut dire ‘sa vulve’, huhuhu! ». L’humour trash s’épanouit dans le mystère et le non-dit.

Prout.

Mystère et non-dit seront les grands absents de Blanc-Manger Coco, adaptation à la culture française du jeu américain « Cards against Humanity ». Le jeu est composé de cartes de 2 types, rangées dans une solide boîte en carton et accompagnées d’une règle du jeu. L’ensemble est de bonne qualité, le visuel est très sobre et offre une bonne lisibilité. J’allais écrire « trop sobre », mais si la déco avait été à l’image des textes ça aurait été un objet gênant à posséder chez soi.

Le principe est très simple: les joueurs ont en main des cartes présentant des… disons des « concepts », il peut s’agir de groupes nominaux ou verbaux: « le gouvernement Ayrault », « violer une chèvre » (hahaha), « une partouse d’octogénaires » (hohoho) ou plus simplement « ma bite » (héhéhé). A chaque tour est désigné un Juge. Le juge pioche une carte « texte à trou(s) » (« contre le stress, —- » , « —- c’est bien, —- c’est mieux », etc.), et chaque autre joueur doit choisir dans sa main un ou plusieurs concepts pour compléter le texte. Le juge rassemble le tout et détermine l’association d’idées qu’il trouve la plus amusante.

cartesBite.

Le matos est très bon, le concept aussi (et je ne dis pas ça parce que j’utilise à peu près les mêmes règles pour jouer avec les cartes de Kalifiko), mais y’a un truc qui me gêne, c’est le niveau d’humour constamment au ras des pâquerettes, quand il ne creuse pas carrément sous leurs racines. Y’a aucune échappatoire qui permet de relever le niveau, tu vas de truc glauque en truc glauque sans te raccrocher à quoi que ce soit qui permettrait de respirer, l’humour trash explicite se prolonge jusqu’à atteindre et allègrement dépasser le point de lassitude.

Il est écrit sur la boîte que ce jeu est « le premier jeu pour adultes pensé par des adolescents et produit par des enfants ». Je corrige, il s’agit d’un jeu pour ados (ou adultes qui ont oublié de mûrir) conçu par des enfants (de 10-12 ans maximum), produit par des adultes (qui ont bien perçu la portée commerciale du truc suite à son succès outre-Atlantique). Un jeu qui me laisse froid et dont je me tiendrai à l’avenir aussi loin que possible.

Voilà pour mon avis perso. A présent, passons à la notation objective:

BLANC-MANGER COCO

Apparence: 16/20

C’est sobre, élégant, lisible, de bonne qualité, et rangé dans une boîte solide qui tiendra votre jeu en bon état. Rien à redire.

Simplicité: 17/20

La compréhension prend 3 minutes, c’est juste un poil plus complexe de gérer les réponses multiples niveau « mélange des réponses ».

Fluidité: 16/20

Pas de souci de fluidité puisque écouter les réponses fait partie de l’amusement, donc on ne ressent pas de longueur en jeu.

Immersion: 15/20

On essaie de poser les propositions les plus stupides/amusantes, ou alors en tant que juge on se demande ce que les autres vont bien pouvoir sortir… On ne décroche pas.

Fun: 17/20

C’est rare que le mot « fun » soit autant d’à-propos. Le titre est vraiment conçu pour amuser les gens et il y parvient sans difficulté.

Clarté des règles: 20/20

En même temps, la simplicité du truc facilite forcément l’explication des règles, mais quand leur transmission dans les moindres détails prend environ 12 secondes, on ne peut pas mettre en-dessous de 20.

Accomplissement personnel: /20

Non noté car gagner n’est pas le but de l’expérience ludique dans ce cas.

NOTE FINALE: 17/20

Soyons honnêtes, Blanc-Manger Coco est objectivement une grande réussite. Un exemple de jeu « minimaliste » dont les auteurs ont compris qu’un jeu d’ambiance doit justement laisser l’ambiance s’installer librement, sans la cadrer avec des règles et des accessoires superflus. Un jeu qui sera sûrement boudé par les « puristes » adeptes de la réflexion et la stratégie, mais qui mérite une place évidente dans les ludothèques de ceux qui cherchent à jouer avant tout pour passer un bon moment avec leurs proches.





Kalifiko

27 03 2017

J’ai noté dans mon petit message de présentation que mes tests étaient subjectifs, et que j’assumais parfaitement ce point. Eh ben voilà que 2 jeux me soumettent un intéressant paradoxe. 2 titres très similaires, dont l’un est objectivement meilleur que l’autre mais subjectivement moins bon. Défrichage ici du second, Kalifiko.

Alors il y a une explication très simple à ce phénomène: je fais jouer aux gens à Kalifiko avec des règles « maison ». Car le gros, GROS problème de ce titre réside dans son système de règles. Ceci dit, niveau apparence on ne peut pas dire non plus que ça soit la grosse éclate.

Rentre dans une valise.

KalifikoAu programme, un paquet de cartes, une sonnette en métal/plastique, et la règle du jeu, le tout dans un sac en tissu assez solide. La couleur dominante? Orange. Le orange pétant façon équipe de football des Pays-Bas (ou travailleurs sur le bord des routes). Osons le dire: c’est moche. Mais ça a le bon goût d’être lisible.

Sur les cartes se trouvent des qualificatifs (« petit », « ne rentre pas dans une valise », « préféré par les hommes »…). A chaque tour, un joueur est désigné pour proposer un nom (« un arbre », « le bonheur », « Nicolas Sarkozy »…). Puis les joueurs regardent les qualificatifs qu’ils ont en main. Si un joueur en trouve un approprié, il tape sur la sonnette centrale et propose son association.

Ne ressort pas de la valise.

Et c’est là que le titre s’écroule. Car les autres joueurs vont se concerter pour décider de valiser ou non la réponse proposée. Si c’est OK le joueur gagne des points, mais il en perd si son qualificatif est rejeté (on n’a même pas besoin d’argumenter). Bienvenue au paradis de la mauvaise foi et du blocage de jeu.

Ce jeu est le premier dont je n’ai pas terminé la partie (même pour Falling, on est allés jusqu’au bout) tellement le système est mal foutu et bloque complètement le fun. Par contre, en lui appliquant une règle maison il devient très drôle et c’est une vraie bonne pioche: supprimez la sonnette, désignez à chaque tour un juge qui déterminera le vainqueur parmi les propositions de ses adversaires, et ça passe tout seul.

… Ah, je viens juste de décrire les règles de Blanc-Manger Coco. Du coup on va en parler dans le second test du jour.

KALIFIKO

Apparence: 11/20

C’est moche. De qualité acceptable, lisible, des efforts ont été faits pour la sonnette, mais c’est moche.

Simplicité: 16/20

Faut être honnête, c’est simple à comprendre. Tu entends un nom, tu associes deux idées, tu tapes sur la sonnette…

Fluidité: 12/20

… et tu te fais rembarrer parce que les gens ne veulent pas te donner de point. Retour à la case départ, le jeu n’avance pas, etc.

Immersion: 8/20

Au bout d’un court moment tu balances tes réponses avec la certitude que ça ne va pas passer, tu contres sans conviction juste pour le principe…

Fun: 6/20

… et tu perds tout intérêt pour le jeu, la soirée, voire la vie dans les cas les plus extrêmes, tellement tu t’ennuies.

Clarté des règles: 15/20

Par contre ça va, les règles du jeu s’expliquent bien.

Accomplissement personnel: /20

Non pertinent, l’objectif (raté) du titre est de faire passer un bon moment, pas d’engendrer de la fierté dans la victoire.

NOTE FINALE: 10/20

Honnêtement, Kalifiko est un ratage de haut niveau. Un titre avec un concept de base sympathique mais dont l’auteur a pourri le potentiel par l’ajout d’une sonnette et d’un jugement collectif qui font s’écrouler le potentiel de la mécanique d’association d’idées. Enlever ces 2 mauvaises idées vous donnera un très bon jeu d’ambiance qui mérite facilement un 15/20.